Les laïco-assimilationistes sont de retour

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Les hommes du système sont ainsi faits. Avec nos incorrigibles illusions, nous nous surprenons souvent à vouloir introduire quelque nuances en dénichant parmi eux des têtes rassurantes qui, de par leurs parcours atypiques, ou leurs compétences avérées, parviennent à mériter un tant soit peu la considération de l’opinion. C’est que le pouvoir et sa périphérie ont généré tellement d’apparatchiks zélés, arrogants et incultes que les rares fois où il a eu en son sein des visages qui tranchent avec le pedigree de rigueur, la critique des élites et les foudres populaires les ont à chaque fois ménagés. Qu’ils aient servi d’alibis à l’ouverture promise ou d’hommes par qui les grosses pilules avaient plus de chances de passer, qu’on les ait appelés les “technocrates” ou les “apolitiques !”, ils nous ont à chaque fois rappelé à l’ordre et fait revenir de nos illusions. Et souvent de la manière la plus brutale, façon sans doute de rassurer leurs tuteurs tout en rattrapant leur retard. Dans la foulée, ils nous rappellent une chose évidente mais essentielle : le système n’en a que faire des individualités en dehors des missions conjoncturelles et des images furtives. Le président de l’Assemblée nationale vient de nous en donnée l’illustration la plus magistrale. Professeur de médecine respecté et respectable, plutôt discret, on ne lui connaît ni coup d’éclat ni coup bas. Son parcours ressemble à celui de beaucoup de ses pairs, hommes de science ou hauts fonctionnaires venus à la responsabilité politique parce que sincèrement convaincus de pouvoir changer quelque chose, ou trop peu téméraires pour oser refuser les sollicitations. Ceux qui le connaissent savent que M. Ziari n’est ni le militant du FLN carriériste qui n’envisage sa vie que dans son rang organique, ni le responsable rongé par l’ambition au point de renoncer à l’image qu’il a toujours donnée de lui-même. C’est plutôt dans le camp de l’ouverture d’esprit qu’on le situe et à ce titre, il n’est même pas admis dans le premier cercle du FLN qui le sait peu enthousiasmé par les archaïsmes nationalo-conservateurs et les mécanismes de promotion clientélistes. Mais voilà, Abdelaziz Ziari est président de l’Assemblée nationale. S’il a mis du temps pour nous surprendre, c’est autant parce qu’il s’est surpris lui-même que parce qu’il nous faut trop de choses avant de revoir nos nuances. Apprécions quand même: l’opinion publique, scandalisée par les récentes augmentations des salaires des députés, est contre la démocratie, dont le symbole par excellence est l’APN ! Les députés sont des élus du peuple désignés dans la plus grande transparence par des élections régulières et loyales ! L’apport de l’Assemblée nationale au bon fonctionnement des institutions et à la bonne gouvernance est inestimable ! Il y a une majorité à l’Assemblée nationale et les lois qu’elle adopte ne peuvent faire l’objet d’aucune critique donc…! Mais tout ça, on le savait déjà. Ce qu’on ne savait pas et qu’on n’attendait-à tort finalement-pas dans la bouche du professeur, c’est ceci : toutes ces remarques et critiques sont l’émanation d’une “minorité qui veut imposer à la majorité des idées et un projet de société étrangers au peuple algérien”.

Et comme il faut toujours un parallèle d’équilibre, il est tout trouvé : ceux qui disaient que la démocratie est kofr. Il y aurait donc toujours deux extrêmes et au milieu s’installe la majorité, porteuse des valeurs les plus sûres du peuple algérien. Abdelaziz Ziari, qu’on situe toujours dans le camp de la modernité, doit pourtant savoir que ceux qui disaient que la démocratie est kofr veulent aussi imposer un projet de société étranger aux Algériens. Avec d’autres moyens.

Mais par maladresse ou à dessein, il a préféré ne retenir contre eux que l’abus de langage. C’est plus facile de charger les laïco-assimilationistes” revenus, ce qui ne gâte rien dans l’air du temps.

S.L.

laouarisliman@gmail.com.

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