Audimat et parts de marché

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Hamraoui Habib Chawki a sûrement toutes les raisons d’être “satisfait” de sa télé. Il fait la télé qu’on lui demande de faire ! Et il “assume”, ce dont personne n’a jamais douté. Bien sûr, il n’y a pas que les Algériens blasés pour dire qu’après tout, “nous avons la télé que nous méritons” ou encore poser la question fatale : “Pourquoi voulez-vous que ça marche au boulevard des Martyrs quand rien ne fonctionne en Algérie ?” Mais il se trouve que le patron de l’ENTV, à qui on ne peut logiquement pas demander de poser les questions ou plus précisément la question essentielle dans une conférence de presse, destinée à la présentation d’une nouvelle grille des programmes, s’est encore une fois oublié. En empruntant les paramètres modernes de mesure et d’évaluation de l’impact de la Télévision nationale sur le consommateur, il met les pieds dans le plat, avant de carrément se tirer une balle dans la patte. On savait donc que M. Hamraoui ne pouvait pas “assumer” la vocation d’une télé publique dans une société moderne et pluraliste mais on s’y attendait. On savait l’horreur des plateaux sans contradiction, mais il n’y a pas de raison pour que ça change. On connaît le ridicule des “balayages” faisant des salles presque vides des espaces pleins à craquer. Nous avons appris à aller chercher ailleurs des déclarations d’hommes ou d’institutions auxquels la télé a “répondu”.

Tout le monde a en tête la liste des partis et des hommes politiques interdits d’antenne. On sait pour Baâziz et Beyouna. Et le directeur général nous parle d’audimat et de parts de marché. “La plus importante audience de l’histoire de la Télé algérienne durant le mois de Ramadhan,” nous dit-il. C’est quand même bien d’apprendre que l’ENTV a toujours mesuré son audience. Il ne nous dit pas quand ça a commencé, avec quels moyens et quels organismes et par rapport à quels concurrents, mais une couleuvre de plus ne va pas nous étrangler. En attendant que s’ouvre le champ audiovisuel à la concurrence, il est quand même heureux que l’ENTV évalue l’ampleur et les résultats de son monopole politique.

“80% de parts de marché”, a-t-il encore dit.

Nous sommes décidément en plein dans l’histoire du cancre qui a réussi la performance de se classer deuxième dans une classe où il était seul. C’est même plus compliqué, puisque “le marché” n’existe pas ! La chaîne-mère ne peut même pas se prévaloir de la concurrence des deux annexes satellitaires puisqu’elles diffusent les mêmes programmes et souvent à la même heure, dans une parfaite synchronisation. Nous avons l’unique (!) télé au monde où on ne peut pas voir le temps de jeu pendant un match de foot, mais nous sommes les champions de l’audimat. Nos réalisateurs sont incapables de réussir un replay qui montre si oui ou non il y a un hors jeu mais nous avons raflé 80% de parts de marché. Voir la tête des invités sur un plateau est toujours problématique mais les Algériens, incorrigibles masochistes, sont en extase devant leur écran.

On insulte les Kabyles mais ça passe quand même. On conseille aux maris de battre leurs femmes pour l’exemple, mais c’est de l’humour. Nouara Djâafar, ministre de la Famille, qui n’est quand même pas une militante du FFS, en arrive à être scandalisée par un feuilleton, mais les téléspectateurs ont aimé ça.

La télé est fermée, mais on y organise des journées portes ouvertes.

On attend l’ouverture de la chaîne berbère annoncée depuis des lustres et voilà que HHC nous apprend qu’il “attend le o.k. de la tutelle.” Au fait, c’est qui, la tutelle de l’ENTV? On ne sait pas exactement mais apparemment elle est satisfaite, puisque le DG jubile.

S. L.

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