Abdelaziz et Moussa

Il n’y a pas que les deux lettres sur trois de leurs sigles que le FLN et le FNA partagent avec plus ou moins de bonheur. Les deux partis ont aussi en commun la culture du sérail en dehors duquel ils ne peuvent envisager l’existence.

Si le premier en est l’essence, le deuxième en est l’excroissance. Une légende, encore trop fraîche pour en être vraiment une, raconte que le FNA doit ses premiers députés à une confusion de sigles. On ne sait pas qui des pauvres électeurs semi-analphabètes ou des répartiteurs de quotas a été à l’origine du score providentiel de Moussa Touati, mais on sait qu’il n’y a aucune raison pour que le FNA n’ait pas de représentation aux assemblées élues, au point où en sont les choses. Le problème avec ces partis est qu’une fois arrosés, ils ne savent pas toujours ce qu’il faut faire pour maintenir le cap. Ils n’ont pas de structures susceptibles de montrer quelque capacité de nuisance, ils n’ont pas de programmes qui puissent contenir quelque proposition pertinente et leurs leaders n’ont pas les compétences et le charisme qui puissent compenser tous les déficits.

Alors, ils attendent les directives qui, manque de pot, ne viennent pas toujours. Tenez, Moussa Touati, convaincu que la révision constitutionnelle allait se faire par voie référendaire, s’est précipité pour « exiger » qu’il en soit ainsi. Il pouvait se tromper mais ce n’est pas si grave, le plus important étant d’être dans son rôle qu’il a vite fait d’ »assumer » en étant le premier candidat déclaré à l’élection présidentielle. Une fois consommée la première bourde, il se démêle pour se prémunir de la prochaine. Mais voilà, M. Touati a tout faux puisque la limitation des mandats présidentiels dont il revendique la paternité sera bel et bien supprimée. Et au leader du FNA de s’en tenir maintenant à l’essentiel. La Constitution sera révisée par un congrès parlementaire, le président peut briguer autant de mandats que peut lui permettre la vie et Bouteflika sera sûrement candidat, mais Moussa Touati sera de la course parce que, dit-il, son parti « ne fait pas de l’opposition pour l’opposition! » Avec un ancrage plus consistant, un personnel plus nombreux et un réseau de clientèles plus large, le FLN n’a ni un meilleur programme ni un leader plus rayonnant que celui du FNA. Il n’est même pas plus « informé ».

Mais il fait semblant d’être dans le secret des Dieux fou en sachant que ses dirigeants se retrouvent dans la tourmente à chaque fois qu’ils sont évincés des hautes responsabilités exécutives. Abdelaziz Belkhadem dont le processus de destitution a été enclenché aux premiers bruits de son éviction de son poste de Chef du gouvernement, s’est d’emblée employé à sauver sa tête. En mettant les pieds dans le plat de ce qui était l’enjeu du moment, c’est-à-dire la présidentielle de 2009 et ce qui allait la précéder comme lifting.

Il avait annoncé l’imminence de l’opération et elle a trop tardé. Il a installé une commission pour y travailler et elle a compté pour du beurre.

Il a prévu un congrès extraordinaire qui renforcera sa position, voilà qu’il le reporte parce que c’est sa tête qui y sera jouée. Belkhadem, finalement comme Touati, retourne à ses fondamentaux: un conseil national qu’il aura la chance de régler comme du papier à musique. Un conseil national au terme duquel il exhortera Abdelaziz Boutflika-président du FLN, précise-t-il-à se porter candidat. En attendant que l’orage passe.

S. L.

Laouarisliman@gmail. com