Le poète de la résistance à la conquête coloniale française, compagnon d’armes du légendaire Boubeghla, contemporain de Si Mohand Ou Mhand et de Cheikh Mohand Ou Lhocine, aura-t-il enfin sa fondation ? Le projet, vieux d’une dizaine d’années, est repris en mains et dépoussiéré par un groupe de chercheurs mémorialistes qui travaillent sur le patrimoine immatériel de l’Algérie profonde réunis autour de M. Baloui Mohand Said, un homme qui a à cœur de réhabiliter les figures de proue de l’algérianité. Lancée à la fin de la décennie 80 dans le cercle restreint des concepteurs de la revue «Rivages», le mensuel trilingue édité par l’association culturelle de Tazmalt présidée alors par Abdelaziz Yessad, fortement soutenu et encouragé par Mouloud Mammeri, l’idée de réhabilitation et de médiatisation de Mohand Said Amlikech a fait du chemin. Elle n’a pu malheureusement être concrétisée pour des raisons matérielles trop souvent mises en avant, pour cacher une paresse intellectuelle évidente et un désintérêt pour la chose historique et culturelle du moment qu’elle ne remplit ni les poches ni l’estomac ! Intimement lié à la lutte anticoloniale, le nom de ce géant de la littérature orale berbère est demeuré inconnu pour des raisons d’ostracisme historique dont sont victimes encore les artistes typiquement algériens, porteurs du genre vernaculaire, sans attaches particulières avec l’Orient ou l’Occident. Le poète Mohand Said, du arch des At-Melikeche, natif du village Iâgachene à la fin du 18e siècle, de la famille Sidi Ali Ouabdellah est évoqué par le général A. Hanoteau dans son ouvrage édité en 1867 sous le titre de «Poésies populaires de la Kabylie du Djurdjura». On trouve quatre poèmes consacrés respectivement à «l’Expédition du maréchal Bugeaud dans l’oued Sahel» «l’insurrection de 1856 chez les Ait Bouaddou» «Des mariages» et «Poème d’amour», un échantillon qui témoigne de la variété lyrique de l’aède, Mouloud Mammeri dira de lui dans son ouvrage «Poème Kabyles anciens» : «Mohand Said Ou Sidi Ali Ou Abdellah des At-Melikeche, en son temps prince des poètes, détenait une sorte de maîtrise. Pour être reconnu poète, il fallait composer un poème de cent distiques qu’il jugeait avant de donner une investiture symbolique mais appréciée». Connu uniquement des historiens le «Prince des poètes» était également un militaire aguerri puisque la mémoire collective colporte de lui l’image d’un chef intrépide qui dirigeait l’état- major de l’armée tribale des At-Mélikèche, composé de Ahmed Oussola, de Mahieddine Ouguentour, Ali Ait Aoudia et Si Lhadj Daha, une cavalerie belliqueuse qui composait l’avant-garde de l’alliance militaire tribale At-Mélikèche-At Idjeur – At-Illoula Oumalou qui constituait la première armée de Boubeghla en Kabylie. Sa maison était le refuge du Chérif Boubeghla, avec lequel il partagea de multiples batailles contre la soldatesque coloniale. L’homme de lettres qui a résisté à la pénétration coloniale par le verbe et le fusil aurait disparu vers 1875. Il a laissé de nombreux parchemins, une œuvre précieuse brûlée en grande partie à la fin du 19e siècle, dont on peine à trouver des vestiges. Le trio d’hommes de lettres, Djamel Arezki, inspecteur de langue française, Bellil Yahia inspecteur de lettres amazighes, et Houd Malek poète et auteur en tamazight, a entrepris au début des années 80 la collecte des poèmes conservés et restitués par la mémoire régionale, transcrit, et traduit. Le projet de festival poétique du nom de Mohand Said Amlikèche est à l’étude dans le microsme de l’élite intellectuelle locale. Ce sera l’occasion de créer la fondation éponyme. Les pouvoirs locaux, daira et APC, voient l’initiative d’un bon œil. Un appel est lancé à toutes les bonnes volontés, M. Baloul Md Said étant la boite aux lettres pour toute contribution intellectuelle.
Rachid Oulebsir
