Les parents adoptent le système D

Ces quelques jours, sensés permettre aux enfants de réviser une partie du programme qui a été assurée, servent également à leur procurer repos physique et moral. Les vacances servent également à l’évasion et différents divertissements. Sur ce volet-là, malheureusement, les enfants ne sont pas égaux.

En absence d’aires de divertissement et de jeux pour les enfants à Tizi-Ouzou, les parents se voient souvent contraints de se déplacer à Alger en vue d’assurer quelques heures d’amusement à leurs chérubins. Les parcs d’attraction sont les plus prisés par les enfants. A Tizi-Ouzou, il n’en existe pas. Pour les vacances scolaires qui s’écoulent, peu d’enfants ont eu droit à un moyen de divertissement. Aucun programme d’animation ou de divertissement n’a été prévu pour les enfants. Les parents qui n’ont pas les moyens de prendre leurs enfants où il fait meilleur vivre, se sont mordillés les doigts toute la semaine. Entre leur incapacité à satisfaire leur progéniture et l’envie insistante de ces derniers à avoir du bon temps, peu sont restés impassibles. Aucun moyen de les satisfaire. Les plus chanceux ont des proches dans les grandes villes où les enfants ne semblent pas être oubliés. Ils envoient leurs bambins pour quelques jours histoire de se requinquer et mieux préparer son esprit à la reprise. «Ma belle-famille habite en plein centre d’Alger.

Du côté de Bab El Oued. Juste en face de chez eux un grand manège a été érigé. Mon fils y trouve son compte pendant les vacances scolaires. Nous avons profité de l’unique week-end de ces vacances à la mer. J’ai envoyé mon petit, samedi dernier, chez ses grand-parents. Ils étaient enchantés de s’occuper de leur petit fils. Ils sont adorables avec lui», nous raconte Malha, secrétaire chez un notaire de la ville. Si son enfant est chanceux, d’autres devront se contenter de jouer au foot dans leur quartier (pour ceux qui ont des parents cool). Les salles de jeux des quartiers populaires ne se désemplissent pas d’ailleurs durant les différentes périodes de vacances scolaires.

Ceci dit, les parents qui travaillent sont les plus à plaindre dans l’histoire. Si les enfants ont eu une semaine de vacances, ce n’est pas leur cas. Ces derniers ne peuvent pas bénéficier de vacances en même temps que leurs enfants, notamment s’ils ont déjà pris leur congé durant les grandes vacances d’été. Dans ce cas-là, certains font appel à la famille comme Malha. En l’absence de centres de loisirs ou autre structure sensée accueillir leurs enfants aux heures de bureau, sans pour autant les pénaliser. On doit, donc, se débrouiller pour se faire garder ses enfants.

Si les familles respectives des parents restent la meilleure solution, cela n’est forcément pas évident pour ceux qui vivent loin de leurs familles. Ceux là, même s’ils osent se séparer de leurs enfants pour la semaine et qu’ils n’aient pas trouvé de baby-sitter, n’ont pas d’autres alternatives. Mauvaise nouvelle : les colonies ne sont ouvertes que durant les grandes vacances scolaires. Généralement, ces parents trouvent leur salut en la nourrice de leurs bambins. Mais là, ce sont les enfants qui sont condamnés. Ces pauvres bouts de chou doivent continuer à voir leurs nourrices même pendant leurs vacances. Aucun changement, donc, pour eux. «J’ai un grand pincement au cœur quand je réveille ma fille le matin. Et dire qu’elle est en vacances.

Elle doit, se lever aux aurores car je travaille loin. En la déposant à la nouvelle ville chez sa nourrice, chez qui elle se rend en sortant de l’école habituellement, je fais le trajet jusqu’à la zone industrielle de Rouiba, lieu de mon travail. J’ai de la peine pour ma fille car au lieu de profiter de ses vacances elle reste cloîtrée chez sa nourrice. J’ai pensé la placer chez une autre nourrice juste pour la semaine. Histoire de changer de têtes au moins.

Mes efforts furent vains. Je n’ai pas trouvé une femme qui mérité ma confiance. Ma fille doit, donc, continuer à aller chez sa Tati habituelle», raconte Salima, ingénieur agronome, occupant un poste dans une grande entreprise agroalimentaire. Salima a du demander conseil à Razika, 29 ans, gérante d’un salon de coiffure au centre-ville. «Moi, mes enfants je les garde à la maison. C’est la nourrice qui vient chez eux. C’est un système que j’ai toujours préféré pour me faire garder mes enfants. Ce n’est pas facile d’introduire une étrangère chez soi et de lui laisser ses enfants. J’ai trouvé une fille très correcte que j’ai recrutée par le biais d’une amie. C’est sa nièce. C’est important pour moi de laisser mes enfants à la maison. Qu’ils puissent continuer à avoir leurs habitudes et repères. Qu’ils puissent eux-mêmes imposer leur mode de vie pas de subir celui des autres. Et puis pour les vacances, mes petits peuvent au moins faire la grâce matinée et de s’amuser avec leurs propres jeux. Je n’ai pas les moyens de leur payer de vraies vacances autant les mettre à l’aise et leur permettre du repos», explique Razika, deux enfants, 11 ans et 7 ans. Les enfants de parents qui travaillent ne sont pas les seuls qui n’ont pas bénéficié de programme de divertissement durant ces dernières vacances. Selon certains parents, les crèches et autres garderies restent l’unique endroit où l’enfant se sent le mieux. Pour cela il faudrait trouver une crèche qui accepterait de garder des «grands enfants». En effet, la crèche est destinée aux enfants de moins de trois années. Au-delà, l’école prend le relais.

Or, certaines crèches se transforment en garderie durant les périodes de vacances. Seuls les plus jeunes sont acceptés. L’âge maximal est de six ans. Ceci dit, ce ne sont pas toutes les crèches qui le font. Il faut savoir convaincre. «Ma belle-sœur vient d’ouvrir une crèche du côté de la nouvelle ville. Elle l’a bien équipée. Cela lui a coûté toutes ses économies. Elle adore mon fils de cinq ans. Elle s’est bien occupée de lui un bon moment quand elle ne travaillait pas et que moi-même j’habitais chez ma belle-famille. Mon fils la connaît et l’aime beaucoup. Elle m’a proposé de me le garder dans son établissement le temps des vacances. Pour moi c’est la meilleure solution. Mon gamin est entre de bonnes mains. Il se fera plein d’amis. C’est un enfant unique. Il bénéficiera des animations et autres activités prévues pour les enfants», nous raconte Nouara, agent de guichet dans une Agence régionale d’une banque publique. D’autres parents qui ne sont pas beaucoup bloqués par le temps, mais plutôt par la situation financière de leur foyer, n’ont pas pu accorder à leurs enfants de véritables vacances. Faute de moyens, ils ne peuvent satisfaire les besoins et envies de leurs gamins. Ceux là n’ont que leur amour à donner et c’est beaucoup mieux que tout autre chose.

«Sans divertissement il n’y a point de joie ; avec le divertissement il n’y a point de tristesse», a dit Pascal dans «Pensées». Ce ne sont pas les enfants qui le désapprouveraient ! Oh non ! Crèches, garderie, nourrice, centre de loisirs, grands-parents, le plus important c’est que ces vacances ne soient vaines. Elles leur permettront de revenir d’aplomb pour attaquer les quelques semaines qui les séparent des tant attendues vacances d’hiver. Ski au programme ? Pourquoi pas !

Samia A-B