Les lycéens, Strasbourg et le Caire

On ne connaît pas les critères qui ont présidé à la sélection des huit lycéens algériens, qui ont participé dernièrement à la première édition de l’Euro-Med Scola de Strasbourg, mais on sait qu’ils ont eu de la chance. D’abord parce qu’un voyage qui permet à des adolescents de voir un autre pan de ciel par les temps qui courent est un beau cadeau. Ensuite parce que invités par le Parlement européen à débattre avec d’autres lycéens euro-méditerranéens de thèmes se rapportant au processus de Barcelone, tout sera découvertes et émerveillement pour eux. Un cadre de rêve, une ambiance équilibrée entre le sérieux et la décontraction et enfin un espace où leur présence même symbolique, leur a conféré une certaine responsabilité et leur a permis de prendre librement la parole. Il sont oublié le temps d’un séjour les mises en scène qu’on leur fait faire dans leur pays, le zèle patriotard dont on les assomme en  » répétition générale » et les textes soigneusement rédigés pour eux. A Strasbourg, enfin ils ont fait connaissance avec des jeunes différents et surtout avec la… différence. Ils auront appris à débattre dans la diversité et la contradiction, la courtoisie et l’irrévérence. Ils auront découvert qu’on peut les écouter sans qu’on leur fasse… la leçon, qu’ils peuvent écouter d’autres sons que celui de la baguette.

Ils sont revenus après avoir entendu que la « liberté d’informer » n’est pas un vain mot, que l’école peut proposer autre chose que ce qu’ils apprennent chez eux, que « la citoyenneté » est possible, que « l’égalité des chances » n’est pas l’échec pour tous et que les énergies « renouvelables » sont un sujet trop sérieux pour être confiné dans les lieux communs. Ils auront découvert l’Europe, un espace politique de rassemblement concret et un moyen d’intégration économique efficace.

Ils auront mesuré le fossé entre l’Union européenne, puissance en devenir des contorsions d’un regroupement maghrébin hypothétique et d’une  » nation arabe » chimérique. Ils ont de la veine ces lycéens comparés à un autre groupe de leurs camarades invités, eux, à prendre part aux travaux du  » premier Parlement arabe de la jeunesse » qui se tient actuellement au Caire.

S’ils devaient se rencontrer pour une réunion de synthèse et d’échange d’expériences, les seconds apprendront des premiers que si l’Union européenne est aujourd’hui une réalité, c’est d’abord parce qu’elle est l’émanation de pays démocratiques. Que le Parlement européen résulte d’élections libres et pluralistes dans chaque pays, que les rassemblements régionaux ont vocation à multiplier les chances de développement et à consolider la démocratie. Pas maintenir des régimes corrompus et totalitaires dont le Parlement inviteur n’est qu’une des façades, les deux groupes de lycéens ont franchement des choses à se dire.

S. L.

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