Les snipers et les lièvres

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Le débat sur la prochaine élection présidentielle lancé depuis la révision constitutionnelle du 12 novembre dernier ne suscite en réalité qu’une dispute maquillée en débat politique loin des questions de fond, tant attendues par les Algériens.

La révision, telle qu’adoptée par les deux Chambres du Parlement, saute les verrous de limitation des mandats présidentiels, mais n’apporte en réalité aucune réponse sur la candidature officielle du chef de l’Etat. Loin de cette candidature, qui est celle du Président actuel, l’on assiste quotidiennement à un sensationnel débat mené, par ailleurs, par des enfants du système, épaulés par des associations politiques rehaussées au rang d’opposants.

Du général à la retraite Rachid Benyelles, ancien de la marine algérienne sous le président Chadli à Sid-Ahmed Ghozali en passant par Ahmed Benbitour, aucune probable candidature en dehors du cercle du pouvoir n’a eu à intervenir dans ce débat qui s’annonce d’ores et déjà à sens unique. Dans leurs contributions à la presse nationale, le général Benyelles, Benbitour et Sid-Ahmed Ghozali prônent une « révolution » veloutée sans en apporter à l’opinion nationale les mécanismes et qui s’apparentent à ceux d’une révolte de salon. De leurs résidences huppées de la capitale, ils appellent, et avec convictions, les Algériens à un changement afin de succéder au système actuel, un système où ils avaient pourtant forgé le plus clair de leurs carrières politiques au service du pouvoir en place. Ou de ce qu’ils définissent en tant que  » système  » pour la commodité du concept engageant tout le monde… et personne.

Ce complexe d’œdipe qui caractérise la relation entre le pouvoir et ses dissidents met  » dans la lune » ces adeptes du « changement » dont les fondements succéderont au même système. Fatalement. Les multiples réactions de cette « junte  » nous laisse « comme deux ronds de flan ».

Devant la mise à l’encan de leurs expériences respectives au sein du pouvoir pendant de longues années, ils reviennent demander gentiment à Bouteflika de jouer ripe en plein bataille électorale, même s’il ne s’est pas encore déclaré candidat. Ces roupies de sansonnet, comme on dit, distillées à satiété sur les unes de la presse nationale ne sont pourtant que des gesticulateurs sans réelle consistance politique. Tout comme Hamrouche, l’homme des réformes présidentiable tous les cinq ans, Ghozali, Benbitour ou bien Benyelles, ancien ami de l’ex-FIS n’apportent au débat sur la joute d’avril 2009 qu’un brin d’agitation oppositionniste. Une agitation où est englouti l’espoir d’un réel changement du système actuel.

Pour les personnalités structurées en associations politiques, comment admettre pour un Saïd Sadi qui avait boycotté activement la Constitution de 1996 et celle de cette année une plausible candidature sérieuse ? Un minimum d’éthique politique doit débroussailler son épineux chemin d’homme politique. Ainsi, comment peut-il boycotter une révision limitant les mandats présidentiels ainsi que celle qui leur saute les verrous et se présenter en même temps ?

Un air de schizophrénie politique souffle sur le Rassemblement dont l’omnipotence du chef dure depuis 20 ans. Sadi, qui conditionne sa participation à une présence massive d’observateurs internationaux, avant et après le scrutin, n’est finalement qu’un cri du supplice de Tantale. De son côté, Moussa Touati, qui a choisi de battre avec célérité le fer de la participation, semble rouler sur l’or, lui qui ne vient que pour tenir la chandelle dans une probable nouvelle relation entre Bouteflika et le pouvoir.

Pour Louisa Hanoune, la patronne du PT, qui excelle dans cet étrange art de se présenter contre son adversaire… pour mieux le soutenir, a, quand même, le mérite d’une performance inédite.

Mohamed Mouloudj

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