Le wali de Annaba a réuni les fortunes de la ville et ses notables pour les inciter à mettre la main à la poche. L’argent récolté servira à l’achat de moutons destinés à des pauvres encore une fois obligés de jouer aux riches et d’adopter leurs » habitudes de consommation » le temps d’un Aïd qui autorise toutes les hypocrisies. Le confrère qui a rapporté il y a quelques jours l’information nous précise que les honorables convives ne se sont pas bousculés pour sortir leurs chéquiers et que seuls un industriel de la région a suivi, à tout seigneur tout honneur le geste plutôt la parole du wali lui-même promettant de mettre son salaire du mois dans la cagnotte. A l’opinion, la hiérarchie surtout, d’apprécier la générosité d’un commis de l’Etat qui sait donner l’exemple. A Bouira, le premier responsable de la wilaya, sans doute inspiré par son collègue de l’extrême est du pays, a fait dans l’original. En visite dans un auspice de vieillards, il a pris le soin de prendre avec lui tous les cadeaux qu’il a reçus à l’occasion de ses « tournées d’inspection et de travail » à travers les localités de son territoire pour les offrir aux pensionnaires de cette maison.
L’information, qui ne précise pas la nature de tous ces présents, évoque quand même des burnous de haute couture certainement en laine de chameau qui protègeront les heureux bénéficiaires de la rigueur de l’hiver.
Des vêtements de valeur qui permettront à des hommes rongés par l’indigence et la solitude de goûter au luxe en découvrant dans la foulée de quoi se vêt une haute autorité et ce qu’il mérite comme sollicitude locales. Comme les pauvres de Annaba manifestement sommés d’égorger un mouton, les voilà, eux, contraints de se couvrir d’étoffe soyeuse. Passons sur la portée utile de ces offrandes qui ont tout de l’affamé à qui on propose un chewing-gum ou de la montre en or au poigne d’un homme nu. Nos responsables nous rappellent chaque jour qu’il vont s’employer à tout faire sauf ce pour quoi on les paie. On attend d’eux qu’ils incitent les fortunes locales à investir utile, produire des richesses et créer de l’emploi, les voilà qu’ils les appellent à « donner la pièce » au mendiant. On leur demande de veiller à l’application de la loi, on les surprend dans de pathétiques médiations entre le bourreau et sa victime.
On pense qu’ils sont là pour réglementer, ils moralisent. On les nomme pour gérer, ils font de la politique. On espère des bâtisseurs, ils nous font le discours. On s’inquiète sur des projets qui ne sortent pas de terre, ils nous sortent des chiffres… Et on aboutit aux moutons et aux burnous comme bilans.
S. L.
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