On ne parlait que de cela et les commentaires allaient bon train ; les habitants d’El Kahra ne semblaient pas près d’oublier cette histoire.
C’est aux environs de midi que nous arrivons dans le village. « Tout s’est passé là-bas », nous informe Lounès, notre guide, qui nous attendait. Aussitôt nous nous dirigeons vers l’endroit indiqué. Celui-ci se trouve, en fait à la sortie du village aux alentours du village El-Hamri de la même commune. Il a fallu marcher quelque 500 m pour y parvenir. Il est certain que les services de sécurité ont choisi le lieu de leur opération, puisque celui-ci est isolé des habitations. Cependant, une nouvelle construction est érigée, mais pas encore habitée. D’ailleurs, des ouvriers étaient en train d’y travailler. « Nous n’avons absolument rien vu car nous étions priés de quitter les lieux vers 16h », nous dira un de ces derniers que nous avons apostrophé croyant qu’il avait assisté à la scène. En fait, personne n’a pu s’offrir le spectacle, car les services de sécurité ont pris leurs dispositions en demandant aux citoyens de rester chez eux à l’approche de l’heure cruciale.
« Des personnes en civil nous ont exigé de ne pas sortir. Nous avons donc obéi et je ne vous cache pas que je n’ai pas osé regarder même pas par la fenêtre », raconte un riverain. Mais vous avez quand même entendu les coups de feu ? avons nous alors insisté. « Evidemment, les coups de rafales étaient inévitables » rétorquera le même citoyen affirmant toutefois qu’il lui est impossible de dire combien a duré l’attaque. « Je ne savais plus où j’étais et c’était impossible de réaliser ce qui s’est passé », dira-t-il devant son frère qui n’a pas pu s’empêcher d’intervenir pour nous éclairer un peu plus. « Moi, j’ai passé le service national et vous savez où ? A Tindouf, donc des scènes comme cela j’en connais, c’est pour ça que toute cette histoire ne m’a nullement effrayé », ironise-t-il affirmant cependant qu’il était impossible de savoir ce qui s’est passé, néanmoins, celui-ci croit savoir que le coup a duré quelques secondes seulement. Soit le temps qu’il a fallu aux services de sécurité d’éliminer les sanguinaires. « Tout s’est vite passé, il était environ 17h », affirme-t-il.
Les villageois racontent
En somme, selon les témoignages recueillis, les quatre terroristes, qui roulaient à bord d’une vieille Mazda camionnette, n’avaient pas eu le temps de riposter, du fait qu’ils avaient été surpris par les policiers qui les attendaient embusqués derrière des oliviers. « Je n’ai rien vu, mais je pense que la voiture a été immobilisée après avoir neutralisé ses passagers », dit encore un citoyen, qui nous montre les impacts de balles visibles sur la chaussée mais aussi sur le rideau des locaux commerciaux pas encore aménagés. Le même citoyen affirme que sa mère diabétique est encore sous le choc. « Elle est effrayée, j’espère qu’elle surmontera le choc », a dit le fils. Sur ce, nous quittons le lieu pour regagner le village El-Kahra. Chemin faisant, nous croisons un autre riverain que Lounès, notre guide, apostrophe. « Avez-vous assisté à la scène d’hier ? » demandons-nous, tout de go, à notre interlocuteur qui accepte de répondre mais sans dire grand-chose.
« Non, je suis arrivé en retard, je n’ai assisté qu’à l’évacuation des corps », a-t-il dit. Sur les lieux de l’embuscade, les traces de sang appartenant certainement aux terroristes étaient encore visibles. Autant le confirmer, il s’agit bel et bien de quatre terroristes qui ont été abattus, contrairement à ce qui s’est dit çà et là affirmant qu’il ne s’agissait que de trois alors que le quatrième a été capturé vivant.
Le plan de l’embuscade
Nous prenons donc congé des villageois rencontrés sur la route, et dans le village, l’atmosphère est tendue. Il faut dire que El-Kahra est une localité paisible et sans histoire. « C’est la première fois que cela arrive chez nous et que notre village soit le théâtre de telles affaires. J’avoue que je suis encore sous le choc, il y avait des tirs nourris… » raconte un villageois. La peur de ces villageois est accentuée par le manque d’information avant et après l’embuscade. « Je savais et je sentais que quelque chose allait se passer au vu du nombre important de personnes étrangères qui circulaient dans le village dès les premières heures de la journée, mais je n’imaginais pas tout cela », narre encore un autre citoyen. Selon lui, les policiers en civil, en nombre important, ont envahi les lieux dès la matinée. « Ils étaient venus en véhicules banalisés ». « C’est vers 16h qu’ils nous ont invités à regagner nos domicile et de ne plus en sortir » continue-t-il. Et de poursuivre : « Je suis resté à la maison un peu plus de quatre heures. » Pourtant, les plus curieux ont essayé de se rapprocher de l’endroit de l’attaque, en vain. » Les services de sécurité ont veillé au grain et ils étaient en nombre, dira Smaïl. » Il est clair, d’après ces témoignages que les services de sécurité ont bien préparé l’opération. En fait, selon nos informations, ce groupe composé de quatre terroristes a été poursuivi depuis la ville des Genêts. Le groupe a pris la route de Ouaguenoun, a traversé la localité de Boudjima avec à ses trousses les policiers, lesquels étaient, vraisemblablement, en contact avec leurs collègues déployés dans le village El-Kahra. Les terroristes ont ainsi regagné la localité de Souk El-Hed, le chef-lieu de la commune de Timizart, avant d’emprunter cette route menant vers le paisible village d’El-Kahra où ils seront donc surpris par les éléments de la BMPJ qui les ont pris en sandwich. « La Mazda était criblée de balles à la fin de l’opération », fera remarquer un villageois qui affirme avoir vu celle-ci avant son évacuation.
En fait, c’est un véritable coup de filet que viennent de réussir les services de sécurité de Tizi-Ouzou. Un coup que les habitants d’El-Kahra ont fini par applaudir malgré le choc qu’ils ont reçu. Cette opération nous rappelle celle d’il y a près de deux ans au village voisin, Imzian en l’occurrence, où deux terroristes ont été abattus.
M. O. B.
