Aujourd’hui, il n’est donc pas donné à n’importe qui d’égorger un mouton dont le prix moyen est de dix-huit mille dinars. En effet, dans tous les marchés de la wilaya en allant de Tala Athmane aux Ath Irathen ou encore Ain El Hammam jusqu’à Tizi Gheniff en passant par Boghni, le constat est le même : cette bête à sacrifier est devenue un sujet d’actualité. Si le mouton local est inaccessible, celui arrivant notamment des wilayas de l’Est du pays et des Hauts Plateaux est convoité par les Kabyles. Ainsi, devant chacun les marchés précités, on a enregistré les plaques d’immatriculation suivantes : 35, 10, 26, 17, 28 pour ne citer que celles-ci. Dès l’arrivée de ces camionnettes chargées de ces bêtes tant désirées, les clients commencent à donner des prix qui leur feraient l’affaire. Mais, le dernier mot revient aux maquignons. Les moutons les plus convoités sont ceux arrivant des zones steppiques. L’un des maquignons a fixé le prix de vingt mille dinars. Comme si c’est une vente à la pièce.
« Même avec ce prix, il n’est pas accessible pour les bourses moyennes », nous a répondu un enseignant qui jure avoir fait beaucoup en ajoutant : « Mais ce n’est pas facile car nous sommes un couple d’enseignants ». « Les maquignons de leur côté disent que le prix de l’aliment coûte énormément cher. Alors que les clients rétorquent que les prix des moutons sont fixés par les revendeurs. « De bon matin, les revendeurs locaux achètent toutes les bêtes, puis ils fixent les prix », nous a expliqué un client qui affirme avoir vu un des revendeurs acheter plus de vingt bêtes en gros. Un client venu superviser le marché nous lancera au passage : « Allez donc, comprendre quelque chose ! Nos fêtes sont des occasions pour toutes les spéculations. On ne sait pas si on égorge pour accomplir le rite musulman ou pour manger de la viande. Je préfère acheter quelques kilos de viande que de gaspiller vingt mille dinars ». Un autre n’est pas du même avis : « Ce n’est pas pour la viande, mais c’est pour la joie des gosses. J’achèterais une bête, même si elle a la taille d’un chat. C’est ça l’essentiel pour moi ». Aussi, certains parents ne pensent pas comment avoir cette bête, mais aussi comment vêtir leurs enfants le jour de la fête. « En plus du mouton, il faudra des habits pour les enfants », a ajouté un autre citoyen qui a l’air de ne pas égorger une bête. Et d’expliquer : « Du mois de juin jusqu’à ce jour, je n’ai jamais mis un sou de côté bien que je perçoit un salaire confortable. Après les fêtes, c’est le ramadhan, la rentrée scolaire, puis est arrivée la fête de l’Aïd Esseghir », et maintenant c’est une autre fête… Vraiment, on est laminés. «
Pour l’occasion qui approche, les citoyens ont beaucoup de soucis. Ils ne savent plus comment prioriser les choses : mouton, vêtement, jouets, cadeaux… En définitive, devant toutes ces dépenses, il y a quand même ceux qui choisissent de sacrifier cette bête juste pour accomplir le geste propre au prophète Abraham.
Amar Ouramdane
