L’emploi dans tous ses états

Une voie étroite

Par conséquent, après les manœuvres spéculatives de l’été qui ont rehaussé le baril de pétrole à 150 dollars, ce dernier voit sa côte redescendre à moins de 40 dollars au cours de ces derniers jours. La création de l’emploi en Algérie a connu un premier bond avec la mise en œuvre du PSRE (Plan de soutien à la relance économique) à la fin de l’année 1999. Alors que le taux de chômage était à la fin du siècle dernier de 30 % de la population active, il a pu redescendre jusqu’à 15 % au moment où le PSCE (Plan de soutien à la croissance économique) a été conçu, c’est-à-dire en 2005. Les chiffres du chômage de 2007 donnent un taux de 12 % de la population active. Mais, il y a lieu de noter que ce taux est gonflé par l’emploi temporaire et les différents dispositifs sociaux destinés aux jeunes chômeurs. Donc, sur le plan de la stricte logique économique, il importe de prendre ces chiffres avec des pincettes. En tous cas, d’autres indices de mal-vie et de chômage sont connus dans notre pays en dehors des seuls chiffres de l’emploi. La violence sociale, la ‘’harga », le suicide,…ne sont pas tout à fait étrangers au phénomène du chômage et du désœuvrement même si d’autres éléments de la crise sociale et culturelle viennent s’y greffer.

Facteur de cohésion sociale

Il est généralement établi que les données les plus déterminantes qu’un gouvernement, quel que soit sa tendance politique ou sa feuille de route, se doit d’intégrer dans sa stratégie de gestion est, sans contredit, la situation de l’emploi. Facteur de cohésion sociale et de dignité individuelle, le travail constitue la véritable, sinon la seule source de richesse des ménages, des nations et des peuples. Cela pleut paraître un truisme ; mais, sous le ciel d’Algérie enivré par la rente et le gain facile, ce rappel est toujours bon à faire pour espérer, sans doute, dégager les horizons obscurcis ou pervertis de la valeur du travail. Les risques qui pèsent actuellement sur l’emploi sont induits par l’éventualité d’une remise en cause des financements des grands projets initiés dans le cadre du quinquennat en cours. Certes, le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, vient de rassurer les populations quant à l’impact de la crise sur l’économie algérienne. Cependant, le même Ouyahia n’a pas manqué de mettre à l’index les travers et les dysfonctionnements de l’économie nationale qui risquent, s’ils ne sont pas neutralisés dans le cours terme, mettre en péril le processus d’investissement et la création d’emploi. Les investissements publics- dans le cadre de la politique de la mise en place des grandes infrastructures et de lourds équipements- ne peuvent pas assurer éternellement l’emploi. Ils sont destinés à faciliter l’accès à l’investissement privé (tissus conséquent de PMI/PME) lequel, à son tour, générera les véritables emploi permanents. La logique économique actuellement adoptée par la quasi-totalité des pays qui cherchent à enrayer, ou, à tout le moins, réduire l’ampleur du chômage, consiste dans la création d’un dense tissus de petites et moyennes entreprises orientées préférentiellement vers la fabrication de semi-produits ou de produits finis. Ces entreprises sont aidées sur le plan fiscal et sur le plan d’accès au marché extérieur de façon à ce qu’elles puissent exporter une partie de leurs produits.

Une « armée de réserve » bouillonnante

Les derniers rapports du CNES (Conseil économique et social) ont estimé à 200 ou 300 000 le nombre de primo-demandeurs d’emploi par an. Le rythme actuel des investissements ne permet d’absorber qu’une partie de cette bouillonnante ‘’armée de réserve ». Plus grave, cette institution publique d’évaluation sociale et de prospective a déjà averti que le peu de progrès réalisé en la matière reste fragile puisqu’il n’arrive pas à s’auto-entretenir par une croissance durable. Les experts nationaux et étrangers tablent sur une croissance du PIB d’au moins 8% étalée sur plusieurs années pour prétendre réduire substantiellement le chômage dans notre pays ; voie étroite certes, ætout à fait ‘’dans les cordes » du pays au vu de ses immenses potentialités naturelles et humaines. Mais, pour l’année 2009, les premières estimations des prévisions de croissance, à savoir 6% du PIB, sont un peu bousculées par les nouvelles donnes de la crise mondiale. D’après le FMI, la croissance ne dépassera 5 % dans la situation la plus optimiste. Une autre forme de précarisation de l’emploi se trouve dans le secteur de l’économie informelle. Une enquête menée en 2007 par le CREAD (Centre de recherche en économie appliquée pour le développement) révèle que sur 7500 PME, 42% des effectifs ne sont pas déclarés et 30% de leur chiffre d’affaire échappent au fisc. La population qui exerce au noir, d’après les chiffres du CNES, est d’environ un millions trois cent mille personnes.

Les conséquences d’une transition économiques mal conduite a entraîné une libéralisation effrénée des prix, des plans sociaux pour les entreprises publiques, un taux de chômage effarant et, fait dont on ne mesure pas encore assez les conséquences, le laminage de la classe moyenne qui, partout dans le monde, représente l’ossature culturelle et idéologique de la cohésion sociale et de la construction du projet démocratique.

Amar Naït Messaoud