Paradoxal, troublant et surtout révélateur : de toutes les « voix arabes » en réaction aux raids meurtriers de l’armée israélienne sur Ghaza, seul le président de… l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas fait preuve de courage et de lucidité. Elle n’était pas loin, mais il fallait vraiment la trouver la réaction d’Abou Mazen au milieu des vociférations populistes de la « rue arabe » et de ses dirigeants toujours heureux des sursauts de dignité quand il ne leur en coûte rien. Mieux, ça leur en rapporte. Des élans de solidarité avec « les frères Palestiniens » et des manifestations de rue -les seules d’ailleurs tolérées- demandant l’ouverture des frontières pour aller combattre Israël, ont ceci de commode : les dirigeants ne sont pas tenus de satisfaire à une revendication farfelue puisque les manifestants ne le souhaitent pas ! Et tout le monde trouve son compte une fois rangés banderoles et mégaphones ne laissant sur le bitume que cendres d’effigies brulées et lambeaux d’étendards ennemis piétinés. Sur les chemins de la dispersion, les manifestants auront savouré l’accomplissement de leur devoir et leurs dirigeants auront encore réalisé combien la Palestine est quand même une belle affaire. Ses drames et ses douleurs permettent régulièrement de recentrer la colère de leurs populations. C’est tout de même plus confortable que la rue s’en prenne aux Juifs et aux Américains que de concentrer ses colères sur les errements des régimes qui gouvernent les pays arabes. Et c’est d’avoir compris tout ça que Mahmoud Abbas et tous les Palestiniens lucides s’en tiennent aux solutions possibles dont la plus incontournable réside dans une paie négociée. Dans le contexte précis, le président palestinien n’a pas été par trente-six chemins en appelant le mouvement Hamas à conclure une nouvelle trêve avec l’Etat d’Israël. En disant une vérité qu’aucun dirigeant arabe n’a osé : « Hamas aurait pu, aurait dû éviter l’offensive israëlienne sur Ghaza en arrêtant ses tirs de roquettes. « Mahmoud Abbas connait les rapports de force en présence et il sait qu’une escalade militaire est synonyme de suicide. Il sait surtout que les Faucons israëliens n’ont pas toujours eu besoin de prétextes au massacre. C’était donc une folie de leur en donner. Bien sûr, la réaction a été disproportionnée. C’était prévisible parce qu’il en a toujours été ainsi. Il y a déjà eu les chars contre les tire-boulettes, qu’attendait-on contre les roquettes ? Des bombes. Et c’est à Ghaza qu’elles tombent. Pas au Caire, pas à Damas, pas à Alger. Pas même exclusivement sur la tête du Hamas qui utilise honteusement les enfants palestiniens comme gilets pare-balles. Des Palestiniens qui, selon les termes de Leïla Chahid « nont pas les moyens politiques, militaires ni même physiques de s’opposer au… Hamas ! » Terrible aveu d’une militante qu’on ne peut pas soupçonner de compromission avec Israël. Un aveu terrible qui esquisse peut-être les termes d’un débat de plus en plus inévitable.
S. L.
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