Avant huit heures, la première heure de pointe, c’est déjà la canicule. A peine le nez dehors, l’humidité colle tout de suite à l’épiderme. Les barrages Koudiet Taserdount de Lakhdaria, Talesdit de Bechloul et Oued Lekhel de Aïn Bessem en sont responsables. Tant pis pour l’humidité : l’eau, l’essence de la vie, est là. C’est le plus important. Comme il faut bien vivre, même au ralenti, le citoyen est contraint de sortir de la maison. Les stations de bus sont essentiellement les premières destinations du citoyen, celui qui n’a pas encore pris son congé. Les gares de la wilaya en cette période de l’année se ressemblent toutes : mauvaises odeurs, poussières, odeurs de pneus et du gasoil brûlé, les bouteilles d’eau minérale… Nos gares donnent l’impression de s’être échappées d’un décor de western spaghetti. La ressemblance avec ces stations de trains à vapeur du Far West est tellement évidente qu’on a le sentiment qu’un troupeau de chevaux est passé par là, et que le fourgon qui vient de démarrer est en fait la diligence des Ath Lekser. Huit heures largement passées, il ne reste dans les rues que les « on n’a pas le choix », les autres, derrière leurs bureaux où leurs étals, ne sont pas pour autant épargnés par les plus ou moins 40° à l’ombre. Mais bon, ils ne sont toutefois pas franchement exposés au soleil de plomb. Ils sont à l’ombre, cette denrée rare dans les rues de Bouira. Face à cette situation des plus suffocantes, l’eau minérale et, surtout, les glaces, restent les deux produits qui résistent un tant soit peu à l’envie de quitter ses textiles. Vanille, chocolat, pistache, fraise, citron…tous les parfums de glaces y passent. Pour les « marchands de fraîcheur », la canicule est la bienvenue et est surtout un terrain à investir. Leurs machines ne s’arrêtent de tourner que très tard dans la nuit. A partir de 21 heures jusqu’aux environs de minuit passé, des familles entières longent les artères principales de la ville, les cornitos et autres pots de glaces à la main. A défaut de clim, hors de portée, la glace accompagne le citoyen, le temps que durera l’été, l’été algérien.
T. O. A.
