Le prix de la pomme de terre s’envole à Tizi-Ouzou pour atteindre des pics vertigineux. Hier, ce produit était cédé à 60 dinars le kilogramme. Dans certaines localités telle Azazga, il est affiché à 70 DA/kg, qui dit mieux ?
Les fellahs, du moins ceux que nous avons apostrophés sur le sujet, disent, eux, que ce coût qui est déjà hors de portée des petites bourses, risque de flamber encore. Ce qui n’est pas de l’avis du directeur de l’agriculture de la wilaya de Tizi qui dit que cette augmentation n’est que conjoncturelle et que ce prix va se stabiliser à 40 dinars dans les jours à venir. « Il n’y a pas lieu de s’alarmer. Certes, il ne faudra pas s’attendre à une pomme de terre à 20 DA, dès demain, mais les prix vont se stabiliser à 40 DA le kilogramme dans les tout prochains jours », rassure en effet, Redjem Khoudja Youcef, le premier responsable du secteur de l’agriculture dans la capitale du Djurdjura.
Qui voit juste ? Il faudra peut-être attendre les prochains jours pour le savoir.
La pénurie du tubercule, source de la flambée
Pourtant, les deux parties, à savoir le directeur et les fellahs ainsi que l’ensemble des professionnels du secteur s’accordent sur la même raison pour expliquer cette hausse fulgurante du prix de ce tubercule. Tous le monde affirme, en effet, que cette flambée est engendrée par la pénurie de la pomme de terre sur le marché. « Il y a une raréfaction du produit et les quantités disponibles ne répondent pas aux besoins et à la demande », explique le directeur de l’agriculture. Un avis partagé par les fellahs et les revendeurs. Pour le même responsable, cette crise sera levée aussitôt que la récolte de la pomme de terre locale sera reprise. « La récolte a été interrompue par les mauvaises conditions climatiques qui ont sévi ces quelques derniers jours dans la région. Avec le retour du beau temps, tous les fellahs vont se remettre au travail pour arracher et cueillir la récolte. Après quoi le marché sera mieux approvisionné, ce qui va influer sur les prix », dit le directeur qui a fait état de la semence de 102 hectares de pomme de terre primeure, ou se qu’on peut appeler de la pomme de terre saisonnière dont la cueillette débute les premiers jours du moins de mars. « Sur les 102 hectares plantés, on n’a cueilli jusque-là que la part de 51 hectares », précise Redjem Khoudja. Autrement dit, il reste encore près de la moitié de la pomme de terre plantée sous terre.
Le mildiou, une maladie qui a influé sur la production
Cela dit, pour les fellahs, il ne faudra pas s’attendre à une récolte record cette année. Cela du fait que leur production a été frappée par une maladie appelée mildiou qui aurait fait des ravages même dans d’autres wilayas. « Les habituels fournisseurs parmi les wilayas de l’ouest et de l’est du pays n’ont pas été épargnés par cette maladie. En tout cas, actuellement à Aïn Defla, Mostaganem et autres, la pomme de terre n’est pas suffisamment disponible, » croit savoir un commerçant qui fait la navette entre Tizi-Ouzou et ces wilayas pour s’approvisionner. C’est à partir de cette donne, en fait, dictée par cette maladie, que les fellahs et les commerçants prédisent d’autres hausses des prix de la pomme de terre. Une maladie que les fellahs de Tizi-Ouzou disent ne pas pouvoir maîtriser à cause de la rareté des engrais. Ce que réfute catégoriquement le directeur de l’agriculture de la wilaya de Tizi-Ouzou. « Concernant les engrais, la wilaya de Tizi-Ouzou dispose de quantités considérables et il n’y a jamais eu de crise », martèle ce dernier qui nous a reçus dans son bureau la semaine écoulée.
Plan B au cas où…
Par ailleurs, le même directeur, qui se voulait rassurant, a parlé du plan B qu’on met en action dès que la crise persiste. Il s’agit du système de régulation des produits de large consommation que l’Etat a initié afin de stabiliser les prix de ces produits, dont la pomme de terre, et ce, en lançant sur le marché des marchandises qu’on a laissées en réserve.
Dans le cas de la pomme de terre, les services publics ont stocké des quantités considérables lorsque ce tubercule se vendait à 10 DA, il y a quelques mois. Ainsi, si la crise de la pomme de terre persiste, le marché sera achalandé et inondé par le produit stocké. C’est pour ça d’ailleurs que le directeur n’appréhende pas l’avenir.
Voilà donc peut-être bien ce qui ne peut que rassurer les pères de famille et les ménages qui doivent toutefois se serrer la ceinture durant cette pénurie et faire avec cette situation « conjoncturelle » en achetant la pomme de terre aux prix exorbitant de 60 et 70 DA le kilogramme. Des prix qu’on croyait bannis après s’être habitué à acheter ce tubercule appelé le roi de la cuisine algérienne, à des prix beaucoup plus raisonnables. A Tizi-Ouzou, on regrette déjà cette période où la pomme de terre se vendait à moins de 20 DA l’unité. Ce prix sera peut-être de retour à partir du mois de juin, puisque cela correspond au début des grandes récoltes de la pomme de terre.
M. O. Ben Mokhtar
