Les critiques à retenir

Deuxième volet de la fresque de Soderbergh consacrée au périple de l’icône argentine, « Che, guerilla » retrace la longue et inexorable agonie d’un homme prisonnier de lui-même et de son absolue résolution à porter l’idéal révolutionnaire par-delà le monde. On avait laissé un Che victorieux en route pour La Havane, on le retrouve clandestin et affaibli par la maladie dans un maquis bolivien hostile. Dans les premiers instants, tout semble pourtant se répéter telle une mécanique bien huilée. On retrouve les mêmes scènes de recrutement et de formation des jeunes guérilleros qui initiaient déjà le premier opus. Mais aux plans larges et triomphants de « Che, l’Argentin » succèdent des cadrages plus resserrés, comme pour mieux suggérer l’incertitude de ce qui va suivre. Les images se font fébriles, moins démonstratives. La photographie est d’un gris glacial. Soderbergh oublie le spectaculaire de l’ascension vers une hypothétique victoire pour davantage se concentrer sur le dilemme intime et spirituel d’un homme confronté à son impuissance. Benicio del Toro, toujours irréprochable, incarne ce Guevara « bolivien » traqué comme un animal blessé et abandonné par tous. Obsession aveugle ou suicide politique ? Le cinéaste se garde bien de répondre pour s’attacher à dépeindre cette marche inexorable vers la mort. Construit selon une symétrie parfaitement opposée à la première partie, ce « Che, guerilla » est l’ultime chemin de croix d’une figure quasi christique victime de ses propres idéaux. Par souci d’impartialité, on regrettera simplement l’absence de point de vue ne serait-ce que suggéré sur la sacralisation excessive du révolutionnaire