Le jardin public ou le poumon de la ville

La commune de Tadmaït est l’une des rares villes algériennes qui peuvent se targuer d’avoir un espace vert au milieu des habitations.

Implanté sur la principale rue de la ville et en face du siège de la mairie, le jardin public, rebaptisé récemment le jardin du 1er Novembre, est une véritable petite forêt qui trône au milieu des habitations.

En effet, sa densité en arbres de différentes espèces qui dépassent pour la plupart d’entre-elles la cinquantaine d’années, donne l’impression à ceux qui le fréquentent d’être réellement à l’intérieur d’une forêt, mais en miniature.

Des arbres dont l’ombrage permet à ceux qui s’y rendent, surtout en été, de se protéger contre les rayons de soleil, et ce même lors des heures les plus chaudes de la journée, et même la nuit, en raison de la fraîcheur qui y règne aussi.

En plus des arbres grands et larges, des parcelles de gazon qui étaient bordées par des pierres disposées verticalement pour conférer au lieu un aspect plus proche de la nature, entouraient ces derniers.

Mais les responsables locaux les ont renforcés par des bordures construites avec des briques et du ciment, ce qui a sensiblement dénaturé l’architecture des lieux. Et pour donner encore plus un aspect naturel aux lieux, le sol du jardin était entièrement fait avec de la pierre, mais encore une fois une grande surface de ce sol a été refaite avec du carrelage dans le cadre des travaux de réaménagement, qui ont été réalisés par l’APC après les grands dégâts qu’a subis le jardin durant les événements du Printemps noir.

Des actes de vandalisme qui ont transformé cet espace vert en un lieu de débauche où les vendeurs-consommateurs de drogue, ainsi que les ivrognes se réunissaient en toute impunité, en raison de l’absence des services de sécurité.

Une situation qui a contraint les gens à fuir les lieux pendant plusieurs années, mais grâce aux travaux accomplis par l’APC, les Tadmaïtis ont retrouvé depuis quelques années leur espace favori, surtout les retraités qui, en l’absence d’une structure adéquate pour les recevoir, ont fait de ce jardin leur « maison de retraite ».

« Ce jardin est pratiquement le seul endroit où nous pouvons se rencontrer et se reposer en toute tranquillité, parce qu’il offre toutes les commodités pour passer le temps en toute quiétude. En plus de l’air pur, on se sent vraiment en sécurité ici », nous a déclaré un retraité rencontré dans ce jardin.

Un jardin qui connaît une grande affluence, surtout durant les week-end où les parents préfèrent emmener leurs enfants pour y jouer en toute sécurité, contrairement aux quartiers où les enfants sont exposées aux différents accidents qui pourraient survenir, notamment à cause des chauffards qui traversent les quartiers en toute vitesse, menaçant ainsi la vie des enfants qui jouent à proximité des artères, en raison de l’absence d’espace de loisirs dans les cités.

Le jardin de Tadmaït n’était pas à l’ère coloniale un lieu de repos et de détente pour les colons français uniquement, mais d’après les témoignages des vieux qui se rappellent encore bien des étapes de notre histoire, il faisait aussi office de lieu où ces derniers célébraient leurs cérémonies et fêtes de mariage, surtout après avoir célébré la cérémonie religieuse dans la petite église, qui se tenait juste derrière ce jardin, mais qui a été détruite après l’indépendance et remplacée par une mosquée. « Je me rappelle très bien de cette époque où j’avais à peine 15 ans. Les colons étaient les seuls qui avaient le droit d’entrer dans ce jardin. Quand ils organisaient des fêtes, nous, on se tenait derrière les barreaux pour les regarder en train de festoyer. Je me souviens aussi du jardinier qui prenait bien soin des arbres et des plantes et ne laissait personne jouer sur le gazon ou toucher aux plantes et aux fleurs », témoigne un ancien. Des fêtes qui étaient, selon les anciens, accompagnées souvent par un orchestre qui prenait toujours place sur une niche qui trône jusqu’à maintenant au milieu de ce jardin, et qui a connu à son tour des modifications architecturales, et même les bancs ont été remplacés par d’autres de fabrication locale.

Comme on ne peut s’en passer de la décoration des jardins, celui de Tadmaït est paré de deux jets d’eau produisant un joyeux vacarme conjugué aux chants des oiseaux qui viennent se rafraîchir sur les bords de ces derniers. Cependant, ces jets d’eau ne fonctionnent plus depuis plusieurs années, malgré tes tentatives infructueuses de les remettre en marche, laissant ainsi ces derniers dans un état de délabrement avancé et pleins d’eau stagnante et nauséabonde.

Malgré les différentes modifications qu’a connues le jardin de Tadmaït, ce dernier reste le lieu le plus prisé par les habitants de cette commune qui s’y rendent pour évoquer les souvenirs du passé entre vieux, se rencontrer, entre jeunes, ou jouer entre enfants sous l’œil vigilant des agents d’entretien qui veillent sur cet espace qui fait la fierté des Tadmaïtis et provoque la jalousie des visiteurs qui sont tombés sous le charme de ce lieu.

Louni Rachid