Le marasme des jeunes diplômés

La jeunesse est cette force motrice de la société et les jeunes diplômés en sont la crème et l’élite. Ils constituent, normalement, l’avenir de la nation, car ils sont appelés à être les cadres de demain. Toutefois, la paupérisation et le désespoir ont réduit cette frange soit à fuir le pays, le plus souvent, au péril même de leur vie ou à vivre le calvaire au quotidien…

Les communes d’Ahl El Ksar et d’Ouled Rached, respectivement à 60 et 70 km au sud-est du chef-lieu de la wilaya, sont durement affectées par un taux très élevé du chômage, notamment chez les diplômés. En effet, ces deux communes comptent des centaines de diplômés et de nombreux talents, particulièrement, en musique, arts plastiques et football.

Cependant, ce n’est pas une impression mais un constat palpable au quotidien. On n’offre pas grand-chose à cette masse juvénile, importante de par son nombre. On note l’inexistence d’infrastructures susceptibles d’animer la vie culturelle et d’y encadrer les jeunes, tous niveaux confondus. Ces derniers, on les retrouve rassemblés par petits groupes dans les rues et les ruelles. Mais ils sont souvent contraints de s’entasser par dizaines dans les cafétérias. Il est à signaler qu’au seul chef-lieu d’Ahl El Ksar, on peut y compter 13 cafétérias !

Discuter autour d’un café !

C’est justement dans l’une de ces cafétérias, chez Kamel, que nous avons rencontré un groupe de jeunes, diplômés universitaires pour la majorité d’entre eux. Cet endroit est un « point de chute » pour ces jeunes mais c’est surtout « la routine ». « C’est autour d’un café qu’on discute. En tout cas, on n’a pas le choix, une cafétéria est le seul endroit qui peut nous abriter et réunir pendant des heures chaque jour », lâcha d’emblée, A. Djamel, licencié en sciences politiques, sans emploi depuis 3 ans. Un seul tracas est partagé par ces jeunes. « Nous sommes asphyxiés par le chômage », disent-ils.

Alors que l’Etat prône des politiques d’emploi en faveur des jeunes, la réalité, jugent-ils, « est tout autre ». Par conséquent, l’intervention de l’Etat en la matière devrait être plus concrète et efficace. Les aides accordées aux jeunes dans le cadre des dispositifs ANSEJ ou l’ANGEM… sont plutôt insuffisantes.

« Même le recrutement qui se fait dans le cadre du CFI ou CIP est précaire car la plupart de ces recrutements sont des contrats à durée déterminée », ajoute G. Hamid. S’agissant du secteur privé, celui-ci est loin de satisfaire les attentes et aspirations des milliers de diplômés qui sortent chaque année des différentes universités du pays. Bien évidemment, « c’est la logique du profit. Le privé recrute celui qu’il veut et le paie comme il veut. Pire encore, parfois, dans des conditions de travail indignes », déclare, G. Fouad, diplômé en informatique, sans emploi depuis une année.

« C’est le libéralisme, ce rouleau compresseur qui en est la source de tous les maux d’où les diktats de ses institutions.

La crise mondiale actuelle ne serait qu’une preuve de plus », estime F. Chafik, détenteur d’une licence en sciences politiques, sans emploi depuis 1 ans, et qui a dû installer une table pour vendre des cigarettes pour subvenir à ses besoins élémentaires. Son camarade K. Bachir, 1re année, option interprétariat, précise qu’il ne faut pas dissocier leur cas d’un contexte national mais aussi mondial. Aussi, il a tenu à exprimer son souci,  » car les exemples vivants sont là « , quant à l’après-Fac.

Entre hier et aujourd’hui !

En effet, les études, jadis, conduisaient assez régulièrement à des carrières où la plupart arrivaient à une certaine stabilité. On devenait ainsi médecin, avocat, notaire, etc. Les perspectives étaient bien tracées et jalonnées et l’avenir « d’après-Fac » était tout tracé. Par contre, les donnes ont bel et bien changé aujourd’hui. « Je gagne mon pain au jour le jour, avec beaucoup de peine. En fait, je ne fais que des bricoles ! », déclare avec regret M. Slimane, licencié en sociologie depuis 4 ans !

Quelles issues ?

Une paupérisation galopante est vécue dans ces communes « où particulièrement les promesses sans lendemain y sont monnaie courante », déclarent les jeunes d’Ahl El Ksar et d’Ouled Rached qui sombrent dans la léthargie. Surfer sur Internet à l’assaut des formulaires d’émigration à d’autres rivages, est devenu plus que fréquent, comme l’exemple du dénommé Rooney, licencié en philosophie depuis un an, qui nous confie : « A vrai dire, il viendra le jour où cette évasion, même imaginaire, ne serait plus possible mais, tout de même j’aspire à avoir mon visa ».

Entre l’avis des uns et des autres, des idées sont formulées dans une même logique et les propos ne manquent pas de stigmatiser le malaise.

Aspirer à une vie décente est, modestement, le message que souhaitent adresser les jeunes d’Ahl El Ksar et d’Ouled Rached, tous en proie à un chômage étouffant.

L. M.