Un cri d’amertume et de dénonciation

Un furtif coup d’œil rétroactif sur le rôle du village à l’époque de l’Algérie coloniale, nous révèle la réalité d’un présent plutôt paradoxal. L’ingratitude humaine, sous ses plus significatives formes se matérialise ici à Bougdama. Etant un transit discret et un lieu de retraite sécurisé pour les « moudjahidine » durant la guerre de libération nationale, ce hameau a subi, de ce fait, de nombreuses suites funestes. Ses fils, les plus vaillants ont été, alors, fauchés par la nébuleuse armée française. Or, ayant mis en avant l’idée qu’un avenir fertile et prospère passe inéluctablement par des sacrifices, l’atrocité des services coloniaux n’ont pu venir à bout de l’engagement révolutionnaire des villageois qui, à l’instar de leurs frères d’armes à travers tout le territoire national, ne pensaient qu’à injecter les panégyriques dans un lendemain meilleur qu’hériteraient leurs progénitures. Mais malheureusement, le village est tombé dans l’oubli une fois le pays débarrassé du joug colonial. Ainsi, ce n’est qu’en 2000 que les habitations ont été électrifiées, malgré qu’un réseau électrique était installé depuis les années 70 à Abizar, un village limitrophe et El Hadjadj un peu plus tard, d’où d’ailleurs sont effectués des rattachements aussi coûteux que dangereux. Concernant l’alimentation en eau potable, les villageois ont réalisé eux-mêmes une conduite grâce à une quête qui a amoncelé 160 000 DA en 2002. Mais en dépit de l’effort consenti, 3 années après, aucune goutte n’a coulé des robinets. La colère des citoyens ne faiblira pas, dirions nous, car la fontaine du village qui alimentait les foyers jusque-là, est dernièrement polluée par des eaux usées qui émanent de l’assainissement vétuste et détérioré. A présent, les puits sont la seule ressource en eau, et un usage économique s’impose. Pour ce qui est de l’épineux problème des axes routiers, le village ne doit sa première piste, la dernière d’ailleurs, qu’à la volonté des habitants, qui une fois encore, s’arc-boutent sur une exemplaire mobilisation, ont pu frayer un sentier en 1982, sinueux, étroit et accidenté fut-il. Cet axe semble s’éterniser dans son état de piste occasionnant des désagréments aux usagers. Ce qui est à l’origine de la fermeture de l’APC de Timizart ces derniers jours après l’être en 2003. A cette époque, après avoir investi le siège de l’APC 6 jours durant, les représentants du village ont été reçus par le wali pour une audience, au terme de laquelle ils ont pu décrocher de leur vis-à-vis la promesse d’un bitumage sur 3 km. Deux années plus tard, la promesse du wali sort enfin des tiroirs mais réduite à un simple réaménagement, les 3000 m sont rétrécis à 800 m. L’entrepreneur qui se charge du projet explique qu’il n’a qu’une enveloppe de 1,5 millions de DA qui suffiront juste au sablage de la piste. Les citoyens se sentant alors victimes « d’un discours baliverne » ont procédé à l’arrêt des travaux et au blocage de la mairie. « La piste retrouvera son état actuel juste après les premieres chutes de pluie avec de tels travaux alors autant les arrêter », nous dira-t-on. C’est là un village, une icône de la Kabylie profonde, qui réclame quelques mètres de goudron. Alors quand est-ce que viendra le jour de réclamer une maison de jeunes ou tout autre espace de loisirs ? Pour le moment, ce genre d’infrastructures demeure un luxe ou bien plus encore pour Bougdama et plein d’autres villages reculés qu’on pousse à revendiquer le minimum pour avoir moins, histoire d’oublier qu’ils sont… oubliés !

Kamel Oubellil