Le nouvel axe autoroutier qui contourne la ville de Bouira par Aïn Turck est devenu un véritable petit marché. Sur les deux accotements de la route, de jeunes adolescents ont érigé de petites baraques avec des pieux et des clôtures de cannes en les couvrant avec des toiles rudimentaires contre le soleil torride de ces derniers jours. La marchandise la plus présente sur les lieux est la figue primeur appelée « abakur ». Les caisses ainsi exposées au soleil ardent sont alignées le long des deux accotements de façon à constituer un danger pour la circulation routière d’autant plus qu’à ce niveau, la route subit un rétrécissement dû au fait que les travaux n’ont pas encore été achevés. Les risques viennent surtout, des arrêts intempestifs que certains automobilistes marquent à cet endroit pour l’achat des figues. Des voitures roulant à vive allure sont subitement appelées à freiner pour éviter d’éventuels télescopages. C’est à ce moment-là que le risque de carambolage devient réel pour des dizaines de véhicules lourds et légers se rendant à l’est du pays ou vers la capitale. Cette foire ne va pas prendre fin avant l’automne prochain puisque tous les fruits d’été sont appelés à passer par ce circuit commercial peu orthodoxe, à commencer par les figues de Barbarie, même si cette année ce fruit a acquis un caractère un peu « exotique » du fait de sa rareté après la calamité du gel hivernal, qui a détruit une grande partie des plantations. La ville étouffeLes journées de canicule que la ville de Bouira a passées au cours de cette semaine ont été fortement amplifiées par les incendies de forêt qui ont eu lieu au point de rencontre des trois wilayas de Bouira, Boumerdès et Tizi Ouzou. Sur les hauteurs de Lakhdaria, les foyers d’incendie n’ont pas cessé depuis la semaine passée. La forêt de Tigrimount, déjà ravalée au rang de simple maquis, a vu ses dernières broussailles calcinées. les nuages de fumée se sont répandus le long du couloir Aomar-Bouira au point de rendre l’atmosphère irrespirable et la visibilité réduite. Un ciel lourd, qu’aucun orage n’est venu alléger, couvre alors le chef-lieu de wilaya. La circulation piétonne et automobile se raréfie à partir de onze heures pour ne reprendre ses droits qu’à partir de dix-huit heures. Les seuls refuges pour les jeunes, qui n’ont pas les moyens de s’offrir une plongée en mer, restent les cafés et les salons internet. Dans la banlieue de Bouira, les gens se délassent le soir et pendant les week-ends dans la foret suburbaine d’Errich, Tikjda, quant à elle, demeure une station éloignée que seules les familles véhiculées peuvent rallier pour se ressourcer. Les rebuts des fruits et légumes du marché de la rue Chaid Mohamed, dans le cœur de la ville de Bouira, sont généralement déposés dans les bennes fixes installées à l’extrémité de la rue. Mais ces bennes, se remplissant très rapidement, finissent par déborder au point de retrouver une partie des détritus par terre. En ces journées caniculaires, la putréfaction de ces matières organiques (pastèques, tomates, pêches, melons…) s’effectue en un temps record, si bien que les odeurs pestilentielles qui en émanent gênent énormément les passants et les habitants des bâtiments alentours. La seule solution qui peut atténuer un tant soit peu l’ampleur de ces exhalaisons putrides est la levée régulière — au moins deux fois par jour — des ordures par les services de nettoyage de la ville. Chaque samedi matin, l’entrée est de la ville de Bouira est marquée par des bouchons de circulation qui retardent énormément la progression des véhicules, particulièrement dans le sens Constantine-Alger. Malgré l’ouverture du tronçon d’autoroute de treize kilomètres, qui sert de voie d’évitement de la ville, la situation demeure toujours pratiquement la même. Cela est dû d’abord à l’envergure régionale du marché de bétail de Bouira qui se tient chaque samedi et vers lequel, affluent les éleveurs et les maquignons de l’est et du centre du pays (M’sila, Bordj Bou Arréridj, Sétif, Bgayet, Tizi Ouzou…) et au fait que le tronçon d’autoroute est réellement à l’état de chantier dans certains de ses endroits ; outre le fait que le dernier segment qui fait jonction avec la RN 5 à Zeboudja est toujours appréhendé par les automobilistes en raison de sa pente trop forte et de son rayon de courbure trop contraignant. C’est pourquoi un grand nombre de conducteurs continuent à préférer l’ancien chemin d’Errich malgré ses virages.
Amar Naït Messaoud
