« Zinedine est très attaché à ses origines kabyles »

De notre envoyé spécial à Marseille, Djaffar Chilab

La Dépêche de Kabylie : Tout d’abord merci de la disponibilité que vous nous montrez…

Non, c’est moi qui vous remercie. Y a pas de soucis, ça me fait plaisir de m’adresser à un journal de chez moi.

Smaïl Zidane : La notoriété de votre fils Zinedine a débordé sur la famille. Toutes ces sollicitations ne vous ennuient-elles pas à la longue ?

Non, il n y’a aucun problème de ce côté, ça ne m’ennuie pas du tout, ce n’est que de la réjouissance, et les gens qui viennent vers moi ne partagent que de belles choses, alors autant associer tous ceux qui veulent se joindre a nous.

L’essentiel est qu’il n’y ait pas d’intention de nuire. Je ne fuirai jamais l’amitié de tel ou la fraternité d’untel.

Vous confirmez que vous êtes toujours établis ici à Marseille ?

Tout à fait, je vis toujours à Marseille avec ma famille, seul Zinedine manque puisqu’il s’est installé en Espagne.

Il vous rend souvent visite ?

Oui, dès qu’il a un moment, il n’hésite pas à rentrer. D’ailleurs pas plus loin que la semaine dernière, il est venu passer trois jours avec nous. Tout le monde va bien et on est à chaque fois heureux de se retrouver.

Il n’a pas encore décidé de rentrer définitivement ?

C’est son choix, il en fait ce qu’il veut mais pour l’heure, il est toujours en Espagne. S’il y vit encore c’est qu’il s’y plaît.

Lorsque vous vous réunissez, vous évoquez thamurth ?

On parle d’un peu de tout, comme dans chaque discussion qui réunit un père et son fils. On parle du nif, le respect de l’autre, thamurth, thaqvaylith, la Kabylie, et de l’Algérie en général.

Et vous le taquinez toujours de quelques mots en kabyle ?

Mais oui, je le fais souvent.

ça lui arrive de vous répondre dans la même langue ?

Oui, et chez nous ça n’a rien d’extraordinaire. Il m’appelle Vava, il me dit Alkhir, Bqa Ala Khir, enfin des trucs classiques comme ça c’est courant entre nous.

Que vous a-t-il vous a dit en vous quittant lors de sa dernière visite la semaine dernière ?

Je vais vous faire une confidence

Avec grand plaisir, de quoi s’agit-il ?

Avant de s’en aller, il a parlé à sa mère et il l’a invitée à aller passer quelques jours chez lui en Espagne. Alors, elle lui a dit d’accord, comme je l’ai rassuré aussi qu’on lui rendrait visite prochainement. Malgré cela, il n’a pas manqué de dire à sa mère « Ourtsougadhara (Ne te fais pas de soucis), si tu viendrais, ça serait tant mieux, sinon c’est moi qui reviendrai bientôt. »

En évoquant les voyages, peut-on savoir quel a été le sentiment de Zinedine à son retour du voyage effectué à Alger ?

Cela lui a fait beaucoup de plaisir même si cela a été très court. On avait fait Jijel – Béjaïa en hélicoptère, et ce fut l’occasion pour lui d’admirer la côte. ça lui a vraiment plus, ce qui lui a fait dire que «j’ai fait presque toutes les côtes du monde mais d’aussi belle que celle-là, je n’en ai jamais vu.  » Le fait que le paysage n’a pas été dégradé par le béton, la nature à l’état brut de notre côte l’a beaucoup séduit. C’est quelqu’un qui aime la nature.

Et a-t-il réalisé l’attachement, la fierté et la sympathie que lui vouent les Kabyles et qui le considèrent comme un des leurs ?

Bien sûr que si, et lui aussi il n’est pas indifférent à ce respect mutuel. Il est fier de ses origines et il aime son pays, je pense d’ailleurs qu’il l’a montré avec les chantiers de solidarité qu’il a initiés.

Justement en ce qui concerne les entreprises qu’il parraine en Algérie, notamment envers la catégorie des enfants démunis et abandonnés. C’est de sa propre initiative ou c’est sur vos conseils qu’il a agi ?

A vrai dire cela a été réfléchi en famille. Il voulait faire quelque chose pour les gens qui sont dans le besoin et on a vite abouti au consensus, car sa mère, ses frères et moi-même, on lui parlait aussi dans ce sens. J’ai dû peut-être en parler un peu plus parce que moi je voyais cela au quotidien lors de mes visites au pays.

Donc, si vous voulez il était normal que c’était à nous de lui en parler, car en fait, il ne savait pas vraiment grand-chose de la situation de cette frange. Lui, il avait la pensée mais il était loin, il n’a rien vu.

Sur quoi portent exactement les projets lancés ? Pouvez-vous nous en dire davantage de ce qui a été dit jusque là ?

Et bien, ce sont des initiatives en faveur des malades, des handicapés, des enfants abandonnés qui devraient, à terme, toucher différentes régions du pays. Comme il a aussi l’intention de faire un geste pour notre commune. Zinedine est très attaché à ses origines.

Vous voulez parler de la commune de …?

De la commune de Aguemoune, notre village à Béjaia…

Et quels sont ses projets pour la commune de Aguemoune ?

Ils sont plusieurs. Il compte par exemple faire les routes pour la commune, faire parvenir l’eau dans les foyers, et pourquoi pas ouvrir un grand atelier de couture pour les jeunes filles de la région…

Et quand compte-t-il repartir sur les lieux ?

Très prochainement, dès que son emploi du temps le lui permettra. En tout cas sur le principe il est question qu’il revienne en Algérie.

Et vous-même vous partez toujours en vacances à Aguemoune?

Oui, je n’ai jamais coupé les ponts avec le village.

Votre dernière visite remonte à quand ?

Sachez que je suis encore reparti là bas depuis la visite qu’on avait effectuée avec Zinedine.

Votre présence a été très remarquée lors de ce gala de Aït Menguellet à Marseille. C’est clair que c’est un artiste que vous appréciez. Et Zinedine, quels sont ses goûts en matière de musique ?

Lui, il a un penchant pour ce que fait Idir. Ils sont d’ailleurs amis.

Avant de finir n’a-t-il jamais pensé à s’offrir un pied à terre à Alger ?

Non, je ne pense pas. Il a ce qu’il faut déjà à Aguemoune et Tichy.

Serait-il possible de le voir dans le futur comme un fidèle vacancier au village de ses origines, à Aguemoune, d’autant plus que vous dites qu’il est tombé sous le charme de la côte ?

Mais bien sûr et pourquoi pas ?

Vous parlez à ses enfants en kabyle ?

Oui, oui, j’essaye de leur apprendre quand ils sont avec nous… Mon plaisir c’est d’ailleurs quand tout le monde est réuni à la maison familiale.

Entretien réalisé par D. C.