«L’argent a faussé notre football»

Rubrique animée par Hamid Oukaci

La Dépêche de Kabylie : Tout d’abord, qui est Mourad Rahmouni ?

Mourad Rahmouni : Je suis né en 1963 à Sidi Aïch mais je n’ai pas trop vécu là-bas, puisque mon père a déménagé à Alger juste une année après, et c’était justement à El-Harrach où je résidais que j’ai commencé à taper dans le ballon dans mon quartier

Donc, vous avez commencé le football dès votre jeune âge, comment avez-vous pu intégrer la formation de l’USM El-Harrach ?

En toute sincérité, je n’ai eu aucun coup de pousse pour intégrer l’école d’El-Harrach, je me souviens qu’il y avait une sélection, je me suis présenté et j’ai été sélectionné, et depuis, j’ai intégré la formation d’El-Harrach où j’ai fait pratiquement toutes mes classes. Par la suite, j’ai joué avec la formation de l’US Santé qui était une grande école à l’époque.

Après US Santé, vous avez intégré la JSK, racontez nous comment cela s’est-il passé ?

Tout d’abord, je vais vous dire que j’étais un grand supporter de la JSK depuis mon enfance, cecidit, malgré que je jouais à El-Harrach, je ne ratais jamais l’occasion de voir les matches de la JSK quand elle jouait ici à Alger, donc, intégrer ce grand club était un rêve pour moi. Pour revenir à votre question, lors de mon service militaire, je faisais partie de l’équipe nationale militaire, un jour, on a joué un match contre la JSK, à Tizi Ouzou, et c’est à ce moment-là que les dirigeants m’ont sollcité, bien sûr, je n’ai pas hésité une seconde pour dire oui, et je ne vous cache pas que j’étais aux anges, car bien entendu, c’est à partir de là, qu’a commencé ma belle aventure qui a durée 16 ans avec le club.

Est-ce que vous vous souvenez de votre premier match sous les couleurs de la JSK ?

Et comment ! c’était une journée inoubliable pour moi, tout d’abord, c’était vraiment rare à l’époque qu’un joueur vienne et joue directement, moi par contre, dès mon premier match, j’ai été titulaire lors d’un déplacement que nous avons effectué à Collo, et je me souviens que ce jour-là, Sadmi était blessé, mais à aucun moment, je ne me suis dit que je jouerais d’entrée, dans ma tête si j’étais inclu dans la liste des 16 c’était déjà quelque chose de bien, puisque je n’ai jamais fait d’entraînement avec le groupe étant donné que j’étais militaire et je suis venu le mercredi pour jouer le vendredi. Dans les vestiaires, quand Khalef a prononcé mon nom pour jouer d’entrée, j’ai commencé à trembler, je ne vous cache pas que j’avais le trac, mais Fergani et les anciens m’ont approché et m’ont encouragé.

Pendant les échauffements je ne cessais de répéter une phrase qui était connue à l’époque, vous savez que la JSK pratiquait très bien la défense en ligne et c’était Adghigh qui sort le premier en disant en kabyle Afthikelt ce qui veux dire «tous ensemble» et moi je ne connaissais pas cette phrase malgré que je suis Kabyle mais on ne l’utilisait pas chez nous en petite Kabylie, alors, je faisais les échauffements et je répétais sans cesse Afthikelt, afthiklet …. . pour ne pas oublier cette expression.

Donc, vous avez eu cette chance de jouer vos débuts avec la JSK, est-ce que ça vous a aidé à décrocher une place de titulaire ?

Je vous disais auparavant que j’étais un grand supporter de la JSK, et la plupart des mes coéquipiers je ne les voyais avant qu’à la télévision, donc le fait d’être parmi-eux c’est déjà une grande chose pour moi. Pour ma place dans l’équipe, à l’époque il y avait de grands joueurs où il était difficile de s’imposer, donc je faisais des apparitions de temps à autre et par la suite j’avais eu l’occasion de jouer régulièrement.

Vous avez dit que vous ne connaissez pas les joueurs avant, donc vous avez pris du temps pour vous adapter ?

Pas du tout, certes je ne connaissais pas la plupart des joueurs mais j’ai plutôt trouvé un climat serein et réconfortant, ce qui m’a permis de m’intégrer rapidement dans le groupe, la JSK de l’époque récelait dans son effectif de grands joueurs mais ça ne les empêchaient pas d’être modestes, nous les jeunes on les respectaient, et eux de leurs côtés, ils nous aidaient et nous orientaient, on formait une vrai famille, mais tout de même je tenais à vous signaler que je connaissais Menad puisque on a fait le service militaire, ensemble donc, il m’a beaucoup aidé dans mon adaptation

Vous avez passé 15 ans avec la JSK, quelles sont vos meilleurs souvenirs avec ce club ?

Je peux vous dire que j’en ai que de bons souvenirs avec la JSK, j’ai gagné 10 titres dont une coupe d’Afrique, des coupes d’Algérie et des championnats, certes, j’ai perdu des sacres à l’image de la finale face à Sidi Bel Abbès en 1992 ou encore le doublé de 1999 mais, je garde de très bons souvenirs, parce que avant tout, jouer pour un grand club comme la JSK relève de l’honneur pour moi, et en plus de ça, il ne faut pas oublier c’est que grâce à la JSK, que je suis connu et et que je me suis fait un nom.

Si on parle maintenant de la JSK dont vous avez fait partie comme joueur et celle d’aujourd’hui, quel est la différence à votre avis ?

Oui, effectivement il y a une grande différence, à l’époque les joueurs étaient bien élevés et surtout on se respectait, c’est une chose qui a disparu malheureusement aujourd’hui, car à cette époque, je passais la majorité de mon temps avec le club qu’avec ma famille donc, la JSK était pour moi ma deuxième famille au sens propre du terme, il y avait des grands liens entre-nous, je vous dirai encore que l’argent a joué un mauvais rôle dans le football actuel, car les supporters se sentaient trahis par les joueurs, qui empochent des millions sans qu’ils ne fassent le moindre effort sur le terrain, ajoutons à cela, qu’à notre époque on jouait pour les couleurs du club et l’argent passait en seconde position, mais aujourd’hui on voit le contraire.

Vous étiez aussi sélectionné en équipe nationale

J’ai pratiquement joué dans toutes les catégorie de l’équipe nationale, minimes, cadets, juniors, équipe militaire et senior, ma premiere convocation avec cette dernière remonte au temps de Rogove, mais je n’ai pas participé à la coupe d’Afrique 88 au Maroc, par la suite j’ai été sélectionné par Lemoui et j’ai pris part aux éliminatoires de la Coupe du monde 90, après notre semi échec contre l’Egypte à Constantine, Lemoui a démissionné. Ensuite, j’ai aussi participé à la phase finale de la Coupe d’Afrique au Sénégal. Ma dernière sélection en équipe nationale remonte en 1993 où nous avions échoué à atteindre la phase finale de la Coupe d’Afrique en Tunisie.

Malgré que vous ayez mis un terme à votre carrière de joueur, vous êtes restés toujours au service de la JSK ?

Effectivement, après mon retrait comme joueur en 1999, je suis resté toujours au service du club de mon cœur, puisque je me sentais chez- moi, donc j’ai travaillé comme adjoint de Biskri, et puis de Kamal Mouassa, enfin, on a entraîné l’équipe Rachid Adghigh et moi pendant 6 matches, c’était en 2000. Au début de cette saison, le président m’a fait appel pour devenir manager par la suite, j’a assumé le rôle d’adjoint, mais j’ai vu des choses qui ne me plaisaient pas donc j’ai préféré me retirer, sans oublier qu’entre-temps, je suis toujours fonctionnaire à la direction de la jeunesse et des sports, étant donné que je suis technicien supérieur en sport, j’essaie de contribuer pour la promotion du sport dans notre région.

Un dernier mot pour conclure ?

Tout abord, je remercie la Dépêche de Kabylie qui m’a accordé cet entretien et aussi aux anciens joueurs de la JSK pour relater notre vécu avec ce grand club, je profite de l’occasion, pour souhaiter une bonne chance au club, malgré que je suis un peu loin d’elle, mais je reste toujours, un grand supporter du club, et je souhaiterai toujours qu’elle redore son blason, et qu’elle fasse un meilleur parcours l’année prochaine surtout en coupe d’Afrique.

H. O.

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