A qui profite… ?

Depuis le début de la rentrée sociale, la grève est le mot d’ordre adopté par les syndicats des différents secteurs pour tenter de forcer la main aux pouvoirs publics à fin de les amener à la raison, à savoir considérer leurs doléances socioprofessionnelles, au demeurant toutes légitimes. Dans le cas des hospitalo-universitaires, la grève cyclique décidée, depuis un bon bout de temps déjà, a amoindri les prestations d’un secteur qui, ces dernières années, a frisé la léthargie… Face à l’intransigeance des deux tutelles, le ministère de la Santé et celui de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, les syndicats des professeurs docents et maîtres-assistants ont décidé, avant hier, lors de leur conseil national tenu à l’hôpital Mustapha à Alger, de reconduire leur mouvement de grève cyclique et le boycott des examens et concours de fin d’année. « Aucune solution ne nous a été proposée par les pouvoirs publics pour nous inciter à suspendre notre grève », a déclaré le professeur Djidjli, porte parole des hospitalo-universitaires. De ce fait, l’attitude de marbre adoptée par les pouvoirs publics qui s’est conjuguée avec l’intransigeance des syndicalistes ne fait que croître le suspens quand au spectre de l’année blanche qui se profile. Aussi, il est regrettable de voir toutes les activités de soins et de prévention, les consultations stagner. Seules les urgences ont assuré leurs services. Le mouvement de grève relancé entame carrément l’enseignement des sciences médicales; dans la mesure où tous les rendez-vous pédagogiques importants de fin d’année sont sérieusement compromis. Quoi que les étudiants aient clairement affiché leur solidarité avec leurs enseignants, il n’en demeure pas moins qu’ils font face à un stress grandissant. « On se demande comment la fin de l’année s’annonce pour nous ? » s’interrogent-t-ils. Le bras de fer engagé entre les deux parties n’est pas sans conséquence sur les prestations sanitaires du citoyen qui, en somme, sont légitimes et de nécessité avérée. Il (le citoyen) se retrouve pénalisé injustement par le statu quo qui n’a que trop duré. De nombreux citoyens se sont retrouvés dans l’obligation de se rabattre sur les cliniques privées, encore faudrait-il qu’ils aient les moyens pour des soins que les structures hospitalières se doivent de leur prodiguer, mettant ainsi en péril leurs maigres bourses déjà fortement éprouvées par l’érosion d’un pouvoir d’achat des plus précaires. « Après une opération chirurgicale, je ne sais plus à quel saint me vouer pour les contrôles médicaux de mon patient », dira Ami Ali, et d’ajouter : « Pour la deuxième fois de suite, les chirurgiens sont en grève. J’ai dû me rendre à une clinique privée pour subir les examens de contrôle.  » Les étudiants ont exprimés leur inquiétude face au boycott annoncé depuis le mois de janvier dernier des examens en sciences médicales. Le professeur Djidjli tient les pouvoirs publics comme seuls responsables de cette situation, les accusant de vouloir envenimer les rapports entre les différentes parties. Notamment après que les deux tutelles eurent clairement signifié que les revendications des syndicalistes ne relèvent pas de leur prérogative. « … Nous interpellons le Premier ministre à s’exprimer publiquement sur la situation. Nous affirmons à ce stade de la lutte que le spectre de l’année blanche viendra de l’incapacité des pouvoirs publics à gérer le conflit », dira-t-il à un confrère. Ira-t-on vers une année blanche pour les étudiants en médecine ? Les spéculations et commentaires vont bon train ces jours-ci. Arrêtera-t-on de pénaliser le citoyen à plus d’un titre ? La sourde oreille des pouvoirs publics, autant que l’intransigeance des hospitalo-universitaires (toutefois leurs grève est légitime), ne travaillent ni l’intérêt public, ni ne boostent guère les réformes engagées dans les deux secteurs concernés. Ce sont secteurs névralgiques qui, comme chacun le sait, recommandent des réformes en profondeur, qui, probablement, nécessitent plusieurs années pour enregistrer des résultats probants. La solution idoine est de trouver un terrain d’entente avec pour finalité, et uniquement ça, en évitant de camper sur des positions raides, la mise à la disposition du citoyen des moyens et des prestations honorables.

Ahmed Kessi