Le village de M’zarir, dépendant administrativement de la commune de Saharidj, est l’un des plus anciens bourgs du aârch Amchedal implanté en haute montagne dans une cavité naturelle sur le flanc sud de la majestueuse Tamgout à 2000 m d’altitude.
Cette agglomération centenaire a servi de refuge à ses premiers occupants qui ont fini par s’installer définitivement sachant que sa périphérie réunit toutes les conditions indispensables pour l’élevage bovin, ovin, caprin grâce a ses vastes pâturages qui s’étendent jusqu’au col de Tizi N’koulal et de l’eau à profusion qui jaillit des entrailles de la montagne en plusieurs endroits à partir de sources vives aux débits importants et qui ne tarissent jamais.
A cause d’une explosion démographique, le village Imésdhourar a commencé à enregistrer les premières contraintes à partir des années 70, contraintes qui continuent à prendre progressivement de l’ampleur au fil du temps jusqu’à devenir insolubles.
Parmi les difficultés qu’affrontent ces montagnards citons à titre d’exemple l’exiguïté. Etroitement ceinturé par les limites du Parc national du Djurdjura aucune extension n’est possible, les gestionnaires de ce parc veillent au grain, à moins de s’aventurer dans la construction illicite, personne ne peut élargir sa demeure ne serait-ce d’un mètre.
Vient ensuite l’apparition du terrorisme et de l’insécurité ont contraint les habitants de ce village qui vivent en majorité de l’élevage, cesser toute activité dans ce créneau pour se retrouver la mort dans l’âme en chômage forcé.
L’autre contrainte majeure qui donne des cauchemars à ceux qui n’ont pas encore quitté les lieux, ce sont les énormes rochers suspendus comme l’épée de Damocles au dessus de leurs têtes et qui peuvent dégringoler au moindre mouvement.
Situé en contrebas de la RN 30 laquelle connaît des travaux de modernisation, le tronçon en parallèle à ce village inquiète vivement les opérateurs intervenant sur ce projet et les villageois qui sont angoissés au moindre faux mouvement des gros engins. Et pourtant, les responsables des travaux publics usent de mille précautions car la moindre pierre qui leur échapperait provoquerait automatiquement une catastrophe sachant que d’énormes pans de rochers fissurés ne tiennent que par miracle en équilibre ; ces rochers surplombent à la verticale le village. Qu’attendent les officiels pour mettre fin au calvaire des habitants de ce village auxquels s’ajoute un climat des plus rudes accompagné d’abondantes chutes de neige qui bloquent l’unique route qui y mène chaque hiver. Pour toutes ces contraintes énumérées, tous ceux parmi les villageois qui ont où aller ont déserté les lieux pour s’installer ailleurs dans des régions plus clémentes. On les retrouve éparpillés entre Becheloul, El Adjiba et M’chedallah. Ne sont restés que ceux de conditions modestes qui ne demandent qu’à partir. Les autorités locales comme pris par le vertige du populisme se sont lancés avec frénésie l’année passée dans l’aménagement de cimetières sur des terrains domaniaux. Ne doivent-ils pas accorder la priorité aux habitants de M’zarir qui présentent un double avantage, celui d’être des… morts vivants ?
Oulaid Soualah
