« Je ne peux pas faire d’un changement de prothèse le projet de ma vie ! »

La Dépêche de Kabylie : Qui est Nourddine Ikken ?

Nourddine Ikken : Je suis un des nombreux blessés de Printemps noir. Atteint par balle au niveau de la partie supérieure du fémur, le 28 avril 2001, j’ai été amputé de la jambe à l’hôpital d’Akbou le 28 mai 2001, soit un mois après ma blessure, suite au diagnostic défavorable quant à la possibilité de guérison. Par la suite, j’ai été transféré à l’étranger pour recevoir des soins plus appropriés. Le 15 août 2001, j’ai atterri au HCI de la ville de Glasgow en Angleterre, avec cinq autres blessés où nous avons trouvés six autres blessés dont une femme qui a reçu des soins au niveau du visage. Quant à moi, on a procédé à la pose d’une prothèse provisoire au niveau de la jambe.

Pourquoi justement une prothèse provisoire et non définitive ?

A l’époque, en 2001, j’avais 16 ans, ce qui signifie que j’ai été encore en pleine croissance et, donc, je ne pouvais recevoir une prothèse définitive. L’équipe médicale a bien mentionné sur son procès-verbal que cette prothèse devait être remplacée dans un délai de deux à six ans.

Le traitement médical prescrit a-t-il été appliqué ?

Non ! L’ année dernière, j’ai bénéficié avec Belaïd Bouzermez, un autre amputé de la jambe de Larbaâ Nath Irathen, d’une prise en charge de la part de l’Etat algérien. J’étais ainsi que toute ma famille très content à l’idée de recevoir une prothèse définitive. Malheureusement, c’était la catastrophe et une grande peine !

C’est-à-dire ?

Nous avons été envoyés vers le Centre hospitalier universitaire Pellegrin à Bordeaux en France ! Là, nous avons présenté les documents de la prise en charge qui engage l’Etat algérien et cet hôpital, et à notre grand étonnement, a refusé de nous recevoir en prétextant que l’Etat algérien, la caisse nationale de l’assurance sociale (CNAS) en l’occurrence, ne paie pas ! Les démarches de l’assistante sociale, qui nous a accompagnés, n’ont pas abouti et elle nous a demandé de rentrer en Algérie.

Donc, vous n’avez pas eu la prothèse et vous êtes rentrés au pays ?

Non ! Pendant tout le temps que nous avons passé à Bordeaux, on payait de nos poches, 40 euros la nuitée. Par la suite, je suis allé en Suède où j’ai reçu une autre prothèse provisoire ! Je tiens à remercier les associations Amazigh de France et de Suède et à leur tête Ferhat Mehenni et Belkacem Lounès, qui ont pris en charge l’intervention. D’ailleurs, l’association Amazigh de France m’a payé aussi une autre prothèse provisoire en 2004.

Aujourd’hui, qu’espérez-vous ?

Que l’Etat algérien honore ses engagements et me délivre une prise en charge sûre pour mettre, un tant soit peu, fin à ma souffrance, car je suis forcé de prendre d’une main le « bâton »et de l’autre soutenir la prothèse ! Aujourd’hui, je suis étudiant en deuxième année sciences économiques à l’université de Béjaïa, je ne peux pas faire de ce changement de prothèse le projet de ma vie !

Propose recueillis par B. Sadi