En effet, les derniers venus étaient justement « les contestataires » attendus par les agents de sécurité d’Alcovel et leurs collègues au sein du Syndicat entreprises des travailleurs de l’éducation (Sete) affilié à la Fédération nationale des travailleurs de l’éducation (Fnte). Le portail de l’entreprise a été, dès lors, fermé pour tout le monde. Les contestataires, une soixantaine dont trois femmes, n’étaient autres que des membres du collectif de syndicalistes de l’Ugta qui estiment que le congrès qui allait se tenir est une « supercherie » qu’il faut « déjouer » à tout prix, et ce pour « le recouvrement de cet instrument de lutte (Sete-WB) pris en otage par une caste de syndicalistes », lit-on dans une déclaration-appel distribuée sur place par les contestataires. La tenue de ce congrès à Akbou, contrairement aux précédents qui se tenaient à Béjaïa, est, de l’avis des contestataires, « la preuve de son irrégularité et démontre la volonté de sa confiscation par une organisation en catimini ». Ce que démentent les congressistes qui affirment que « cela procède de la volonté de l’Ugta d’être présente partout ».
Les deux camps de syndicalistes, séparés par la clôture en grillage de l’entreprise, se sont échangé quelques « amabilités » de genre « nous sommes les vrais représentants, vous mangez du sale pain, vous êtes des voleurs », « vous étiez responsables par le passé et nous connaissons vos agissements » qui fusaient de part et d’autre du grillage.
Devant le refus des agents de sécurité d’Alcovel de permettre à ces contestataires de rejoindre la salle du congrès, ces derniers ont sommé la direction de l’entreprise d’évacuer les lieux et le cas échéant, ils rejoindront la salle en usant de la force. Pris entre le marteau et l’enclume, son accord de tenir la rencontre dans son entreprise et la perspective d’un dérapage, le P-DG de l’entreprise a promis d’évacuer la salle. Ce qui fut fait après un laps de temps. Les contestataires ont, tout de même, accédé à l’intérieur de l’entreprise et la rencontre des deux camps a failli dégénérer. N’eût été l’interposition et la sagesse de la majorité, certains en seraient arrivés aux mains.
Rencontré en fin des travaux auxquels nous n’avons pas assisté, Abdelhaq Boussaâda, chargé de l’information à la FNTE, nous dira : « Le congrès a eu lieu parce que toutes les unions locales ont tenu leur précongrès et ont élu démocratiquement les membres du Conseil et celles qui ne sont pas arrivées à consensus l’ont fait ici même. 90% (260 sur 270) des délégués ont assisté à la conférence, ils ont adopté le conseil à main levée qui, à son tour, a élu à l’unanimité des 55 membres le secrétaire général en la personne de Abdelaâzi Hamlaoui à main levée également ». Interrogé sur le temps qu’aurait duré le congrès, il se contenta de dire : « En raison de certaines perturbations que des éléments ultraminoritaires ont voulu faire pour saborder la conférence et en raison aussi de la demande de l’établissement Alcovel, on a dû annuler les débats qui ont par ailleurs eu lieu au niveau des cinq unions territoriales que compte la wilaya ! Le congrès a été écourté ». S’agissant de nombre important des contestataires se trouvant à l’extérieur d’Alcovel, M. A. B. et certains responsables l’expliquent : « Se sachant minoritaires, ces gens (les contestataires) ont ramené des personnes qui n’ont rien à voir avec l’éducation ou le syndicalisme pour faire le nombre ! » Du côté des contestataires, bien qu’ils estiment qu’ils ont empêché le congrès, Malek Tighilt, « congressiste », nous dira : « Nous n’accordons pas de crédit à la rumeur qui circule actuellement, à savoir : le congrès aurait été validé. Maintenant, si la chose se confirme, nous n’allons pas baisser les bras et mettons d’ores et déjà en garde la fédération. Ceux qui sont venus sont tous des délégués syndicaux. Toutes les unions territoriales de la wilaya sont représentées. » Pour sa part, Hacen Bakouche, secrétaire général d’une section syndicale à Bordj Mira, estime : « Nous avons l’habitude d’assister à des congrès qui durent entre deux ou trois jours, nous nous sommes opposés à la tenue de ce congrès, et compte tenue de la promesse du P-DG d’Alcovel, nous ne savons pas ce qui s’est passé entre-temps ». Les contestataires promettent d’organiser d’autres actions, notamment devant le Siège de la Fédération de Béjaïa, en vue de faire aboutir leurs revendications.
B. Sadi
