Le problème des élèves attardés

Ils sont une bonne vingtaine à Larbaâ Nath Irathen, repartis à travers les écoles, il s’agit d’enfants présentant les signes d’un décalage de leur âge réel, et qui vivent des situations scolaires difficiles pour eux-mêmes et leurs parents bien sûr, mais aussi pour le personnel enseignant et administratif. Le frère aîné d’un de ces élèves nous en parle : «Mon jeune frère joue avec des enfants beaucoup moins âgés que lui à la maison…» Mais c’est en classe que le problème prend une dimension plus préoccupante, notre interlocuteur ajoute : «Il a quadruplé la classe de troisième année primaire et chaque année, il doit s’adapter à de nouveaux élèves, à voir ses copains le laisser pour passer en classe supérieure alors que lui continue de stagner. Le personnel enseignant le juge inapte à accéder en quatrième année. Il est très triste chaque fin d’année». La majorité d’entre eux n’arrive pas à poursuivre leur cycle scolaire, quelquefois, ils quittent l’école sans même avoir achevé les études primaires. Le retard mental est en général établi en mesurant le quotient intellectuel de l’enfant à l’âge de la scolarité. De 50 à 69, il s’agit d’un retard léger, l’enfant ayant certaines difficultés à suivre les cours mais pourra être plus tard une personne autonome et mener une vie normale.

Mais un coefficient inférieur à 50 dénote un grave problème d’adaptation scolaire et sociale. A l’école, ils montrent des incapacités à s’adapter à la discipline générale, voulant tout le temps jouer ou discuter avec leurs camarades. Il arrive qu’ils fassent montre d’animosité envers les autres élèves, se montrent très agités en classe et perturbent les cours. Des directeurs ont ainsi été amenés à mettre fin à la scolarité des cas les plus graves, car perturbant trop la classe. Pourtant, il est rare que l’élève souffrant de déficience mentale fasse l’objet de moqueries ou d’autres comportements négatifs de la part de leurs camarades qui, au contraire, font montre à leur égard d’une patience amicale. Il n’existe pas d’école spécialisée dans ce genre d’handicap, quelquefois assez difficile à diagnostiquer, notamment en bas âge. L’école conventionnelle n’est manifestement pas adaptée à cette sorte d’élèves qui ne peuvent suivre le rythme général.

Ils sont vite éjectés du système éducatif, à l’image de cet élève retardé mais persévérant qui vient de se présenter à la deuxième session de la sixième sans résultat. «Que vais-je en faire ?» nous dit son père qui jusqu’au bout a cru à une scolarité normale pour son fils. La solution réside certainement dans la mise en place d’écoles spécialisées qui, seules, pourront offrir une scolarité adaptée, étayée par un suivi psychologique.

M. Amrouche