Des dizaines de citoyens venus des villages Ighil Oumsed, Tifrit, Felden, Taourirt et Laâzib ont marché hier de la place colonel Amirouche jusqu’ au siège de la daïra d’Akbou pour solliciter des hautes autorités du pays l’annulation de la décision n° 1589 portant restitution des terres de l’ex-domaine chahid Akloul Ali aux héritiers Bachagha Ben Ali Chérif. Intervenant à la veille d’une date symbole, en l’occurrence le 5 Juillet, fête de l’indépendance et de la jeunesse, les banderoles arborées par les marcheurs sont toutes imprégnées de la trace indélébile de la guerre de Libération nationale et de la misère morale et matérielle subie par notre peuple consécutivement à l’envahissement de notre pays par la France coloniale.
L’échec de l’insurrection de 1871, menée par cheikh Aheddad et El-Mokrani, à laquelle ont pris part des milliers de paysans, suivi d’un appauvrissement sans précédent de la population de la région, notamment par l’expropriation à coût dérisoire, sinon la dépossession pure et simple des fellahs et l’imposition d’amendes pharaoniques aux différents villages de la vallée de la Soummam, constituent un exemple édifiant de la ruine coloniale. La décision de restitution est interprétée par les organisateurs de la marche comme “une remise en cause des fondements de la Révolution algérienne car ayant permis à une famille de collaborateurs de s’approprier près de 950 ha”, lit-on dans une déclaration émanant de l’ONEC et de l’association des enfants de chouhada et des ayants droit et à laquelle adhère l’ensemble des représentants des villages. En conséquence, les citoyens de la daïra d’Akbou, poursuit la déclaration, “viennent par cette action interpeller publiquement les plus hautes autorités du pays qui, par leur silence face à nos doléances depuis des années, ne font qu’exacerber notre inquiétude”. Par ailleurs, les rédacteurs de la déclaration fustigent les “institutions de l’Etat qui continuent de cautionner le bradage de ces terres en approuvant des transactions foncières douteuses” ressenties par ces populations comme “un défi” pour leur combat dont le but est “la préservation de ces terres”. Une délégation composée de membres représentant les différents villages et les organisations des enfants de chouhada a été reçue par le chef de la daïra d’Ouzellaguen, qui assure actuellement l’intérim de chef de la daïra d’Akbou. A l’issue de cette audience, Hamid Amaouche, membre de la délégation, s’adressant aux marcheurs a déclaré : “Notre but aujourd’hui n’est pas de trouver la solution auprès de chef de daïra, nous sommes venus le charger d’informer les autorités que nous tenons toujours aux biens fonciers de nos ancêtres, il nous a promis de transmettre un rapport aux hautes autorités de pays.” Qualifié de “combat d’ordre révolutionnaire” par Kadri Toufik, représentant du village Laâzib, la marche d’aujourd’hui n’a pas drainé beaucoup de monde contrairement aux précédentes actions menées par la coordination des villages notamment lors des nombreuses fermetures de la RN 26 au niveau de pont Tifrit. Selon les organisateurs, “la souffrance de la majorité a atteint ses limites. Par crainte de débordements à la veille de le fête de l’indépendance, nous avons préféré ne pas venir en nombre”.
B. Sadi
