Les participants à cette conférence, organisée par le ministère de la Formation et de l’Enseignement professionnels ont procédé, selon l’APS, à l’évaluation du bilan de l’année professionnelle 2008-2009 et examiné les perspectives de la prochaine rentrée. Cette rencontre régionale de trois jours a permis également d’examiner « la mise en œuvre des recommandations des premières assises nationales de la formation et de l’enseignement professionnels, le plan d’action du secteur ainsi que le règlement intérieur des conférences régionales ».
Au cours de la série d’audiences consacrées en 2008, par le président de la République, à l’état de l’économie nationale, le thème de la formation professionnelle et de la main-d’œuvre dont a besoin l’économie algérienne a été abordée le 14 septembre dernier. Soulignons en premier lieu que le secteur de la formation professionnelle bénéficie, dans le cadre du budget 2009, d’une enveloppe financière de 23 milliards de dinars (crédit annuel d’équipement) et d’un montant de 26 milliards de dinars au titre du budget de fonctionnement. Le nombre d’établissements de formation a plus que doublé entre 1999 et 2008. Il est passé de 492 à 1 035, en attendant la livraison de 116 autres unités en cours de réalisation. Le nombre d’élèves-stagiaires, pour la rentrée de cette année, est évalué à 650 000 (dont 200 000 nouveaux), nombre auquel s’ajoute les 40 000 élèves qui suivent une formation dans les 537 établissement privés de formation professionnelle. Les capacités d’hébergement sont de 45 000 lits, alors que le nombre d’enseignants exerçant dans ce type d’établissements est aujourd’hui de 13 400.
Au-delà des chiffres, le président a insisté sur la « nécessité de développer le secteur de la formation dans le but de couvrir les besoins actuels et futurs de l’Algérie en matière de main-d’œuvre qualifiée ».
Afin d’adapter les offres de stage et les programmes de formation professionnelle, le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale et le nouveau Commissariat au Plan, ont été instruits par le président de la République pour « identifier de manière continue les besoins en main-d’œuvre qualifiée pour chacun des domaines d’activité ». Dans le même souci de renforcer l’insertion des jeunes diplômés de la formation professionnelle dans les secteurs de l’emploi, le président de la République ordonne au gouvernement de « veiller à ce que les diplômés de la formation et de l’enseignement professionnel soient également parmi les candidats prioritaires au bénéfice des encouragements publics à la création d’emplois, que ce soit par la voie du micro-crédit ou des aides apportées à l’agriculture et à l’artisanat ».
Condition du développement économique et social
La rentrée de la formation professionnelle ayant eu lieu au début de l’année 2009 est caractérisée par le relèvement à 80 du nombre de formations manuelles offertes. La réunion a aussi eu à aborder le sujet de la formation continue des travailleurs, parent pauvre de la formation en Algérie. 192 000 travailleurs ont subi ce genre de formation spéciale et, d’après le programme tracé pour les prochaines années, 100 000 autres travailleurs vont en bénéficier. L’on ne peut focaliser le regard sur la réhabilitation des valeurs du travail, l’insertion dans l’économie mondiale et la recherches de politiques alternatives à la rente pétrolière sans prendre en compte le volet de la formation, considérée aujourd’hui de par le monde comme une condition sine qua non pour tout progrès économique et social. Dans une situation économique comme celle que traverse l’Algérie, caractérisée par une lente et laborieuse transition vers l’économie de marché, l’on ne peut s’offrir le « luxe » de continuer à former des licenciés, des ingénieurs et des médecins chômeurs. Le problème se pose en termes d’adéquation entre le système d’enseignement et le marché du travail. Cette dernière notion a, il est vrai, fait défaut par le passé du fait que l’ensemble des diplômés avaient leurs débouchés pris en charge par l’État, principal employeur du pays. Les ébauches de « passerelles » entre les différents domaines de la formation ont déjà été échafaudées en 2004 par les responsables des secteurs de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Formation professionnelle dans des ateliers communs. Les analystes les plus indulgents ont conclu à la faillite du système de la formation professionnelle dans notre pays. Les symptômes commencent à apparaître au grand jour : les ateliers et usines privés ayant vu le jour, au cours des dernières années, ne trouvent pas le personnel technique et d’exécution sur le marché du travail. Les offres d’emploi, par lesquelles des employeurs cherchent des ouvriers spécialisés, des contre-maîtres et agents de maîtrise (charpentiers, chauffagistes, plombiers…) traînent pendant des semaines sur les pages publicitaires des journaux sans pouvoir mettre la main sur l’oiseau rare. C’est que depuis longtemps, la formation professionnelle est vue par la société et même par les pouvoirs publics comme « simple réceptacle des exclus du système éducatif » (telle que vue par Abdelaziz Belkhadem, alors Premier ministre, lors d’un séminaire sur la formation professionnelle en 2007).
Une formation problématique
Au lieu qu’elle soit un choix dicté par les préférences d’un cycle court ou par des prédispositions et aptitudes particulières – comme cela se passe dans les autres pays du mode –, la formation professionnelle est vécue plutôt comme un moindre mal par rapport à l’exclusion scolaire et un morose stand-by avant le service national et l’âge adulte. Il faut dire aussi que cette médiocrité et cette faillite sont les conséquences d’un système rentier qui avait plutôt besoin d’un personnel docile que d’un personnel qualifié. Aujourd’hui, les données sont en train de changer radicalement. Face à une vague sans précédent de techniciens, personnels d’exécution, cadres et même ouvriers étrangers ramenés ou recrutés par les sociétés étrangères travaillant en Algérie (chantiers des bâtiments, de l’autoroute, des barrages, du tramway,…), les responsables de la formation sont plus que jamais interpellés pour révolutionner le secteur par de nouvelles méthodes de formation et une nouvelle pédagogie qui allient la nécessité de qualification aux besoins de l’économie nationale. Le nouveau patron ne se souciera plus d’une façon obsessionnelle du « papier-diplôme » de son employé, mais, comme disent les Américains, de « ce qu’il sait faire avec ses dix doigts ».
Les analystes nationaux et les institutions financières internationales ont acquis la conviction que l’Algérie bénéficie actuellement de circonstances financières exceptionnellement favorables pour relancer son économie sur une base plus juste et plus rationnelle. Les rigueurs de l’orthodoxie financière – issue des conditionnalités du rééchelonnement de la dette extérieure, au milieu des années 1990 – et l’envolée des prix du pétrole, qui ne s’est pas démentie depuis presque deux ans, sont indubitablement des facteurs encourageants pour sortir de l’underground de l’informel et encadrer les nouvelles transformations économiques, dans le sens de meilleurs investissements créateurs d’emplois, de pertinentes lois sociales libératrices d’initiatives et porteuses de dignité humaine et, enfin, de développement durable où l’homme et son milieu seront invités à vivre en parfaite symbiose.
De nouvelles convergences
Les nouveaux horizons qui se dessinent partout dans le monde, pour les réformes de l’enseignement, ne s’embarrassent plus d’a priori idéologique ou d’inutiles chapelles qui ont fait les dégâts que l’on sait dans l’école algérienne. Le souci majeur étant, aujourd’hui, de former les techniciens et les cadres dont aura besoin l’économie nationale dans quelques années, économie soumise à rude épreuve par les impératifs de productivité, d’efficacité technique et d’innovation ainsi que par la mondialisation des échanges de plus en plus offensive. Pour réussir un tel pari, les réformes de l’enseignement ne pourront plus se limiter aux établissements gérés par le ministère de l’Éducation (école primaire, CEM et lycée), mais devraient englober – par une vision stratégique d’articulation et de juxtaposition des synergies – les différents secteurs qui concourent à cet objectif et l’ensemble des segments de la formation, qu’ils soient pilotés par l’Éducation nationale, l’Université, les Instituts relevant des autres départements ministériels ou par la Formation professionnelle. C’est dans le cadre de cette politique de complémentarité et d’intégration que l’Enseignement technique a fait l’objet, en 2006, d’un repositionnement le faisant passer de l’Éducation nationale vers la Formation professionnelle. Cette mesure avait, dès qu’elle a été annoncée, soulevé le courroux des enseignants qui reprochent à M. Benbouzid un « délestage » qui ne dit pas son nom. Au-delà des incompréhensions et malentendus générés par cette situation – et qui trouveront leur solution si toutes les parties sont réellement animées de la bonne foi –, les connexions entre l’enseignement général et l’enseignement technique sont partout, aujourd’hui, la règle.
Les impératifs du marché du travail
Dans la foulée de la rentrée de la formation professionnelle de l’année dernière, l’opinion et les médias ont pris connaissance de l’évolution quantitative d’un secteur considéré comme étant au cœur des réformes économiques par la nature et les performances de la ressource humaine qu’il mobilise. En effet, l’effort de la collectivité a hissé la Formation professionnelle en un secteur stratégique de premier plan. Le ministre en charge de ce département, El Hadi Khaldi, révéla, au cours de son passage au forum d’El Moudjahid, le chiffre de la croissance des capacités d’accueil des différents centres du pays. Par rapport à février 2007, l’offre en formation professionnelle a progressé de 19%, atteignant ainsi, pour l’ensemble du territoire national et toutes formules confondues, quelque 188 000 postes. Il demeure évident que l’offre, particulièrement dans un domaine aussi sensible et aussi délicat que la formation, ne saurait se réduire à la seule infrastructure, à la bourse ou au pensionnat. L’offre, c’est aussi et surtout le niveau de formation, son degré d’insertion dans le monde du travail et les moyens pédagogiques mobilisés pour ce grand dessein. N’avons-nous pas vu des ateliers d’apprentissage électronique complètement dépourvus de matériel adéquat ? L’administration publique n’emploie-t-elle pas des agents de saisie et des informaticiens qui découvrent pour la première fois la forme de l’écran d’un ordinateur ?
Le ministère de tutelle a établi ses chiffres de la croissance de l’offre sur la base des propositions des différents acteurs au niveau des wilayas (entreprises, administrations, artisanat,…). Cela permet, en premier lieu, de cerner les besoins réels de différents corps de métiers, et ensuite de cibler les qualifications appropriées. Ambitieux projet si l’en est. Cependant, si, jusqu’à ce jour, la formation professionnelle, en Algérie, n’a pas bénéficié des avancées et performances telles qu’elles sont vécues en Europe ou en Amérique du Nord depuis près d’un siècle, la faute ne revient ni aux candidats à l’apprentissage ni aux moyens financiers, colossaux, mobilisés pour ce secteur. L’ancien système économique, basé exclusivement sur la rente pétrolière a, comme dans l’enseignement général, nivelé, par le bas, la connaissance et le savoir. Résultat : la critique et les griefs ne viennent pas seulement de la presse ou de la société ; ils sortent de la bouche d’El Hadi Khaldi lui-même : « Ce secteur offre à la société un produit périmé qui ne trouve pas d’acquéreur sur le marché du travail ». Un verdict sans appel.
Amar Naït Messaoud
