La Dépêche de Kabylie : Vous étiez membre du groupe Ideflawen, avec Ali Ait Ferhat, Ziani l’Hacène, racontez-nous cette aventure ?
Zaher Adjou : En 1978, avec Ali Ideflawen et Bacha Belkacem comme parolier, nous avions crée le groupe «Ighulas» (les lionceaux). Avec l’arrivée de Ziani parmi nous en 1979, le groupe changeait de nom et devenait “Ideflawen’’
Nous avons enregistré notre première cassette en 1984, Elle avait très bien marché, elle continue d’ailleurs à être bien commercialisée car c’était un travail consistant, les musiques sont bien structurées. Dans la 2ème cassette du groupe ; il y avait deux morceaux dont la musique était de moi ; depuis, je n’ai plus fait de création avec le groupe même si je me produis parfois avec eux. En parallèle, je travaille sur les musiques classiques algériennes et universelles ; et je me dis souvent qu’il pourrait y avoir une pièce musicale algérienne.
A l’instar d’autres artistes, comme Ferhat Imazighen Imula, vous avez choisi la chanson engagée comme moyen d’expression, comment étaient les réactions quand on sait que le champ d’expression politique était muselé ?
D’abord, je n’avais pas choisi la chanson engagée ; emporté par la musique et la voix d’Ali Ait Ferhat, je me suis simplement retrouvé avec des amis avec qui j’avais formé le groupe Ideflawen et c’est de là que tout est parti ainsi, et justement pour une juste cause, on avait pas peur à l’époque même le champ d’expression politique était muselé.
Vous étiez musicien, comment êtes-vous venu à la musique ?
Tout jeune, mon grand-père m’avait fait découvrir la mandoline, à l’âge de 16 ans j’achetais ma première guitare, à la même période je m’intéressais beaucoup à la musique espagnole. C’est ainsi que tout seul, j’essayais d’imiter Manitas de Plata. Avec du recul, mes connaissances actuelles me viennent de ce temps-là, la technique que je développais (buté, accompagnements, arpèges) se rapprochent de la technique universelle, parfois, j’apportais même certaines innovations.
Si notre mémoire est bonne, vous avez édité un album, où vous avez repris les différentes chansons en instrumental, pourquoi n’avez-vous pas continué sur cette lancée ?
Oui justement, j’avais réalisé plusieurs albums même, où j’ai repris les différentes chansons du patrimoine tel que Slimane Azem, cheikh Nourreddine, Mohamed El Badji, Ferhat Mehenni, Hamid Medjahed etc. Et je continue à le faire ; d’ailleurs, j’ai enregistré 3 coffrets de 4 CD, chacun avec un mélange de musique que soit du kabyle, chaabi, andalous, en passant par le jazz, le flamenco et la musique classique universelle. Je viens de réaliser également par mes propres soins, un livre d’apprentissage sur la guitare avec 13 partitions du patrimoine pour guitare classique avec un disque d’accompagnement. Je préfère jouer sans effet électrique pour mieux nuancer une mélodie afin d’éviter toute dénaturation artificielle du son. Dans cette cassette, j’y joue mes compositions : Alger Jazz, la nostalgie, Solitude Tassili. Je reprends des musiques traditionnelles et des classiques. l’Etre à Elise (Beethoven), “Caprice arabe’’ de Francisco Tarrega “Mazurka’’ (Vila Lobos) et “les jeux interdits en trémolos’’.
Parlez-nous un peu du travail avec les autres membres du groupe Ideflawen, et notamment durant les galas que vous aviez animé en Kabylie ?
Ali Ferhat est mieux placé en ce moment pour vous parler un jour du suivi du groupe Ideflawen avec d’autres musiciens que je ne connaîs peut-être pas, car, il a eu l’occasion de réaliser des galas en Kabylie, à l’étranger avec des musiciens se trouvant sur place, alors que moi, je suis pris par un autre travail musical en solo. (Musiques de films, coffret et ouvrage déjà cités à la question ci-dessus).
Le groupe Ideflawen reste un pilier de la chanson kabyle engagée, pourra-t-il, un jour, se reconstituer avec les mêmes membres ?
Oui, pourquoi pas ?
Sinon, depuis que aviez quitté le groupe, quelle place avez-vous réservé à la musique ?
Je n’ai pas quitté le groupe ainsi que Ali Ouali un autre guitariste du groupe, on continue à travailler par occasion. L’année passée, par exemple, on avait joué à Tizi-Ouzou et avec Medjahed Hamid, et ce pendant le mois de Ramadhan.
Si nous abordions la chanson kabyle d’aujourd’hui, quel regard portez-vous sur elle ?
De nos jours, je pense que la chanson non seulement kabyle, la chanson en générale, à tendance à se robotiser avec le modernisme et nous donner des sons artificiels tels que la techno. Y compris pour la voix humaine, alors que jadis, elle était beaucoup plus acoustique et naturelle.
Un phénomène est apparu récemment, c’est celui des reprises, en tant que musicien, quel est l’impact réel de ces reprises sur l’évolution de la chanson ?
Avoir des idées en musique, cela ne suffit pas, le plus difficile est d’en tirer les meilleures. A mon avis l’essentiel ne se trouve pas dans les notes, l’harmonisation, l’exécution sont si importantes mais la majorité des auditeurs ne prêtent pas attention. Il est évident que la hauteur des sons n’est pas leur seule caractéristique, mais il faut également considérer leur durée, leur intensité et leur timbre. Il m’est beaucoup plus difficile d’harmoniser une mélodie que de l’inventer car pour l’harmoniser, il faut d’abord la comprendre, puis la ressentir et la vivre et enfin, apporter un plus dans l’exécution. N’importe qui, par la gaieté, la joie où l’horreur, par les sentiments, la compréhension de la nature, le désir de vouloir dire quelque chose, peut s’exprimer autrement que par la parole. Figurez-vous, pour moi, les rires ou les pleurs ou encore tout autre sentiment exclamatif sont des airs de musique, mais seulement ils sont très accentués et très expressifs. Un musicien ou un chanteur qui s’exprime réellement du fond du cœur est parfait parce que c’est du vrai, exemple de Jacques Brel ou des nôtres tels que Hadj M’Hamed El-Anka, Aït Menguellet, Khelifi Ahmed etc. Contrairement à cela. Dès que d’autres trichent, cela se remarque par deux choses, soit on a l’impression qu’ils détonnent ou tout simplement çà déplaît. Si on reprend une musique du fond du cœur, c’est qu’on l’a ressent certainement.
En dehors de la musique, peut-on connaître vos passions ?
En dehors de ma créativité, j’enseigne la musique au conservatoire d’Alger et dans les Centres culturels, et à part tout cela, j’aimerai voyager, me reposer et ne pas être déranger.
Sinon, d’autres projets, qu’ils soient artistiques ou dans d’autres domaines ?
Reprendre avec Hamid Medjahed après notre retour du Canada.
Propos recueillis par Mohamed Mouloudj
