Dans les champs de pomme de terre à Ain Bessem…

Après le retour des oiseaux migrateurs, à savoir les hirondelles et les cigognes la ville de Aïn Bessem renoue et pour la deuxième année consécutive avec l’affluence des dizaines voire des centaines de jeunes venus de Aïn Defla de Relizane, de Chlef, de Mostaganem et même d’Oran pour travailler dans les champs de pomme de terres. Sac au dos et pioche à la main ils arrivent par petits groupes et leur nombre ne cesse d’augmenter. Ils sont âgés entre 14 et 50 ans, de toutes situations familiales confondues ; célibataires, nouveaux, mariés tous niveaux d’instruction confondus (sans niveau, niveau élémentaire moyen, secondaire des bacheliers et même des universitaires…) Pour s’enquérir davantage sur les conditions de vie et de travail, de cette jeunesse, nous nous sommes déplacés sur les lieux. Il était 20 heures, au milieu du giratoire et aux bords des routes qui mènent vers Sour El Ghozlane et Bir Ghabalou.

Des groupes de 5 à 10 voire de 20, appartenant parfois à la même famille, du même quartier, le même village ou la même wilaya n’ayant pour literie que des cartons, des sacs en plastique et des journaux.

A la merci des intempéries, et des reptiles, le premier groupe de la ville de Karimia, wilaya de Chlef nous dira : « Sachez Monsieur que nous sommes venus gagner notre pain, chacun de nous à une famille qui l’attend ». Ahmed nouveau marié nous déclarera : « Nous travaillons pour 40 DA la caisse de quatre heures du matin jusqu’à 20 et même 21 heures…

Ici, tu n’as pas le droit de réclamer, ni de tomber malade, sinon tu rentres chez toi… »

Un autre groupe composé de plus de vingt jeune nous interpella : Ils sont de Ain Defla. Ben Athmane Ahmed, nouveau marié, de la commune d’El Maine nous dira : « Je suis ici depuis 15 jours les conditions de travail sont intéressantes mais on n’a pas le choix il faut gagner son pain. Le meilleur d’entre nous arrive à mettre de côté 500 ou 600 DA et il n’a pas le droit de dépenser plus de 300 DA (petit déjeuner, déjeuner et dîner…) Ali, père de 5 enfants ajoutera : « J’ai travaillé à Rouiba et à Meftah, là-bas les fellahs nous hébergent dans des tentes il y a même un cuisinier qui nous prépare à manger, les paysans d’ici ne cherchant que leurs intérêts… Khalil, jeune universitaire nous ajoutera : « Je suis venu avec un cousin, et un nouveau bachelier, nous sommes venus pour préparer la rentrée universitaire mais aussi pour aider nos familles surtout que le mois de Ramadhan approche… » Il était presque 22 heures quand nous avons quitté ces groupes de jeunes qui ressemblaient à une armée qui a gagné une bataille mais loin de gagner une guerre. Ils méritent le respect et l’aide de tout un chacun…

K. Ladjal