La chaleur, la faim et l’ennui semblent avoir raison des habitants de la ville. De bon matin, les gens semblent somnoler comme des malades convalescents ils avancent doucement. Les gestes sont lents. Sachant que la journée sera longue et ennuyeuse, ils commencent à tuer le temps dès les premières heures de la matinée. Venus pour quelques achats, ils ont vite fait de s’ennuyer. Sans se presser, ils font le tour de la cité, en quelques minutes. Le plus difficile est de passer ces interminables heures qui les séparent du f’tour. C’est pendant la nuit que certains, trouvent leur compte. Ainsi, plusieurs options s’offrent à eux.
Pour prétendre passer convenablement une soirée, il faut habiter une grande ville, ou à défaut, y aller pour chercher l’ambiance festive des galas et autres. Dans les régions isolées, les habitants doivent, avec les moyens du bord, s’inventer des distractions, pour éviter de tomber dans le sommeil, dès huit heures du soir. Rien ne distingue le mois de Ramdhan de cette année de celui de l’an dernier ou d’il y a cinq ans. Les mêmes gestes devenus machinaux, se répètent à la même cadence. Entre le f’tour et le s’hour, le rituel immuable ne déroge pas aux règles établies depuis des décennies. Si les journées paraissent longues et monotones, les nuits sont plutôt plus faciles à « gérer » chacun les emploie à sa convenance. Les gens sortent ne serait-ce que pour marcher.
La télévision toutes chaînes confondues, reste tout de même, le passe temps favori de la plupart des femmes pendant que les hommes s’adonnent à des sorties entre amis. Détrompons nous, on se bouscule moins que par le passé, dans les cafés du village ou de la ville, même si les veilleurs ne conçoivent pas de soirées, sans une escapade en ville.
Les discussions entamées autour d’un café ou d’une limonade ne durent, généralement, pas très longtemps. A partir de vingt deux heures, la plupart des établissements commencent à se vider. Ce qui n’est pas le cas de certains cafés, transformés en salle de jeu, pendant le mois de carême. C’est, au contraire le moment où ils commencent à faire le plein. Une activité peu commune s’y déroule jusque tard dans la nuit. les veilleurs ont déjà réservé leurs cartons qu’ils ne lâcheront pas avant la fermeture. Quant aux mordus de poker, autour d’une table, toujours à l’écart, pour cacher leur jeu et surtout leurs pertes, ils investissent la place jusqu’après le f’tour c’est dans la journée que des indiscrétions filtrent quant aux mises des uns, raflées par d’autres. Le lendemain, joueurs de loto ou de poker reviendront au même endroit, dans l’espoir de se renflouer. Le même manège continuera jusqu’à l’Aïd où en fin de compte, le seul gagnant est toujours le cafetier qui prélève « sa dîme » de la mise de chaque partie.
A. O. T.
