Canicule, plaisirs aquatiques et plages polluées

En cette période de grosse chaleur, rien de mieux que de s’adonner aux plaisirs aquatiques pour profiter des bienfaits des caresses de l’eau. Pour prendre un peu la température des plages et avoir une idée plus précise sur le déroulement de la saison estivale 2005, et les conditions générales de nos plages, nous avons effectué une virée sur le littoral de la côte ouest de la capitale. Midi passé de quelques minutes. La météo annonce 35 degrés. Une chaleur étouffante règne sur Alger. Nous quittons la Maison de la presse du 1er Mai en direction de Bab El Oued. Notre première halte, nous l’avons décidée à la plage Qaa Es-Sour. Interdite à la baignade pour cause de pollution. A une encablure de là, un écriteau annonce que la plage d’El Kittani, est ouverte à la baignade. Certes, nous passons pour d’authentiques profanes en matière de contrôle des plages et de critères qui font qu’une plage soit autorisée ou non à la baignade. Mais un fait s’impose de lui-même : un égout qui pollue une plage ne peut-il pas en faire de même avec sa voisine distante de quelques dizaines de mètres de là ? El Kittani, en ce lundi d’août, enregistre une fréquentation notable, même pour un jour de semaine. De la place qui nous sert d’observatoire de quelques minutes, nous arrivent les cris de bambins qui s’adonnent à cœur joie aux plaisirs ludiques de la mer. Trois piscines de dimensions différentes attirent également notre attention. Elles grouillent de petits nageurs. L’eau est d’un bleu vif, presque irréel, tout droit sorti d’un tableau de Andy Warhol, le psychédélique peintre des années soixante, connu pour ses fresques hallucinées et bigarrées à outrance. Un peu plus loin, une banderole annonce « R’mila Beach », anciennement appelée « Rocher carré », selon Saïd, notre chauffeur, qui s’avérera plus tard être un guide éclairé et précieux pour nous. El Kittani et R’mila sont deux plages ouvertes cette saison à la baignade. Les ravages causés par les eaux en furie en 2001 sont loin. Toujours selon Saïd, le lieu est appelé « fi-zman » Rmilat Laâouad, car c’était là où l’on lavait les chevaux. Nous reprenons la route toujours en longeant le littoral. Laayoun est un rivage rocheux juste bon pour les pêcheurs à la canne et les autres contemplateurs de la grande bleue. Dahmne El Harrachi n’est pas loin. A Saint-Eugène, nous passons à côté de la plage Les deux chameaux. « Plage polluée et rocheuse », annonce un écriteau signé wilaya d’Alger. Les indications de Saïd viennent en permanence à la rescousse pour éclairer, de la manière qu’il faut, nos lanternes, qui risque à chaque fois de s’éteindre. Nous atteignons Franco, une plage de La Pointe Pescade. En forme de baie, Franco, bien protégée des vagues, était un ancien port du « temps de la France ». Une centaine de personnes occupe ce rivage, malgré une interdiction à la baignade signifiée, à l’entrée de la plage. Qui a dit que l’Algérien n’aimait pas vivre dangereusement ? Pourtant, quelques mètres en arrière, le panneau est vert, signe que la plage est autorisée. Encore un remake à la Bab El Oued. L’on ne peut que s’interroger sur la qualité du travail effectué par les services concernés par le contrôle des plages. Un délicieux sandwich au poulet acheté à la Pointe, et la route reprend. Direction Palm Beach, ou la plage du Palmier en français. Sur la route, des jeunes en bermuda, claquettes et parasol convergent, d’un pas pressé pour regagner les plages les plus proches. Il faut dire que le soleil tape « à pleins gaz » en cette journée. « Un soleil à 600 mètres », comme dirait quelqu’un. Après quelques légers embouteillages, nous regagnons Palm Beach. A l’entrée, une plaque posée sur le bord de la route indique : « Eaux de baignade régulièrement contrôlées ». Une autre exhorte les estivants à laisser la plage propre. Nous constaterons plus tard que les pouvoirs publics se donnent du mal pour rien. A notre descente de voiture, une nuée de parasols et de tables avec chaises « bouchent » notre horizon. Nous sommes ahuris devant toute cette foule. Nous nous approchons de la plage, un homme assis sous un parasol en osier s’approche de nous. « Vous devez être journaliste, je présume, avec votre cahier et stylo à la main », nous dit-il. Nous confirmons, et la discussion est entamée, à l’ombre. Il s’avère qu’il est en charge de la concession de la plage. Du petit bavardage ressort qu’il est aussi un technicien qui travaille à la Télévision algérienne. Il loue les parasols à 150 DA, et les tables avec des chaises à 400 DA les jours de semaine et à 600 DA le week-end, afin de « compenser le manque de la semaine », explique-t-il. Nous lui demandons si les jet-skis (moto des mers) ne dérange pas trop la quiétude des estivants. « Dernièrement un incident s’est produit, un jet-ski a percuté un pédalo. Mais rien de grave, juste quelques légères blessures », nous apprend-il, avant d’indiquer que des contrôles sur ces engins sont effectués par les gardes côtes et les gendarmes. Devant notre surprise devant autant de monde un jour de semaine, il nous fait remarquer, le sourire aux lèvres, que le week-end c’est le déluge. « Même mon propre parasol a été réquisitionné une fois par une famille. Venez à 14 h vous n’aurez même pas où mettre un orteil », dira-t-il. Nous lui annonçons que dés l’année prochaines, les instances du ministère du Tourisme prévoient un cahier des charges pour une meilleure gestion des plages. Il nous dit que de telles mesures devaient être appliqués l’année, dernière. Mais rien n’est fait. « Cette année il y a beaucoup d’émigrés », observera-t-il avant qu’on le quitte. Nous ne pouvons que le croire. Les plages sont devenues des lieux de détente par excellence, à défaut de vacances outre-mer et même chez nos proches voisins. Mais il convient toutefois de signaler que le nombre de plages dites familiales se réduit d’année en année comme une peau de chagrin. De plus en plus de gens mal éduqués et des voyous de tout genre envahissent les plages, et passent maîtres dans l’art d’importuner les familles et les jeunes filles, surtout non accompagnées. Le meilleur exemple est celui de la plage Colonel Abbès de Zeralda. De coquette plage familiale, elle devient en quelques années un nid à problèmes. Ce n’est pas les différents lieux en proie à la débauche et à la prostitution qui feront que les choses s’améliorent. Nous tenons à y faire un tour. A notre arrivée, des jeunes viennent proposer presque agressivement des places où stationner ou des parasols et autres tentes. Nous garons le véhicule, direction le rivage pour quelques plongeons, en guise de baptême de l’été 2005. L’eau est bonne. Quelques brassées plus loin et nous tombons nez à nez avec… un sachet noir. Voilà qui ferait fulminer Chérif Rahmani, le ministre de l’Environnement et de l’Aménagement du territoire, en sa qualité d’ennemi public numéro 1 du sachet noir. Des rencontres de ce genre, on en a encore fait. Cette fois avec une bouteille d’eau minérale. Tous cela nous coupe carrément « l’appétit » de nager et refroidit de beaucoup de degrés notre ardeur. Le plaisir est vite gâché. Nous sortons de l’eau et regagnons le véhicule. Retour vers Alger où la rédaction de notre article nous attend…

E. B.