Avec un cours de plus de 100 km, l’oued Soummam qui draine deux bassins versants longeant ses deux rives, est caractérisé par une irrégularité de son régime d’écoulement. Une période des hautes eaux correspondant à la saison des pluies, pendant laquelle le cours d’eau déborde de son lit et une période des basses eaux ou étiage correspondant à la saison estivale. Il est évident que l’effert des précipitations atmosphériques joue un rôle déterminant dans l’alimentation de l’oued. La disette prolongée de la pluviométrie qui a marqué les deux dernières décennies toute la région du Tell, a engendré une baisse sensible du régime d’écoulement de l’oued Soummam, ce qui a conduit à un étiage sans précédent. Il est, en effet, navrant de constater que le cours d’eau ne coule presque plus que par intermittence et que la fréquence autant que l’importance des crues ont nettement marqué le pas. Le lit mineur n’est plus qu’un mince filet d’eau aux relents pestilentiels et cherchant son chemin parmi les pierres. Il est environné de larges vallées alluviales s’étendant à perte de vue. Ces plages de galets et de sable, résultat d’un long processus de sédimentation, sont régulièrement soumises à une exploitation anarchique. Le problème d’extraction de matériaux, sable notamment, défigure le lit de l’oued et menace à terme la nappe souterraine. La dynamique pluviale qui jadis a fait reculer les berges par un long travail érosif, a beaucoup perdu de son intensité. A tel point, que le champ d’inondation du cours d’eau, qui n’est plus guère visité par les crues, s’est transformé en zone marécageuse, ou pullule une flopée de végétaux allant de buissons et broussailles jusqu’aux arbres les plus différenciers, tels que le peuplier ou l’eucalyptus. Seuls ces espaces verdoyants et giboyuex apportent au visiteur une sensation de réconfort dans ce milieu de désolation. La Soummam avale périodiquement un brouet de polluants de natures diverses. Les villes riveraines crachent sans vergogne d’énormes quantités d’eaux usées non traitées auxquelles il faut ajouter les eaux résiduaires chargées de déchets toxiques rejetées par les unités industrielles implantées sur les deux rives du fleuve. Cette pollution massive est en passe de stériliser toute vie aquatique dans le fleuve. La multiplication anarchique d’algues vertes formant d’énormes tapis flottants est un indice, on ne peut révélateur d’une dégradation avancée du milieu. Cet enchevêtrement verdâtre résultant d’un apport excessif de matières organiques achève d’asphyxier la faune en la privant d’oxygène. Ce qui était, il n’y a pas si longtemps un vivier pour une faune hétéroclite représentée par une myriade de poissons, de batraciens et de reptiles est devenu hostile à toute forme de vie. Il ne reste pratiquement plus rien des bancs de poissons que le plus néophyte des pêcheurs à la ligne arrivait à prendre à l’hameçon. Il n’y a nulle trace non plus de tortues, ces reptiles qui se laissaient capturer si facilement. Même l’alose, un poisson pelagique qui remontait le cours du fleuve en période de fraie pour y pondre ses œufs, a déserté le milieu. Un autre phénomène, aussi latent que pernicieux, réside dans la contamination à grande échelle de la nappe phréatique par le jeu d’infiltration et d’accumulation progressive des polluants dans les profondeurs souterraines du fleuve. De timides initiatives en matière de traitement des eaux usées commencent à s’ébaucher ici et là. De nombreuses communes riveraines se dotent de bassins de filtration des rejets. Néanmoins, beaucoup reste à faire pour parvenir à un traitement aussi complet qu’efficace et restituer une eau, sinon saine, du moins inoffensive au milieu récepteur.
Nacer Maouche
