Virée à lhamdiwen

La randonnée commence à partir du village Laghoual en passant par celui d’Ikhodachen, puisque la distance est très courte entre ces deux villages. Durant notre passage en compagnie d’un jeune D’Ihamdiwen nous avons constaté les conditions déplorables dans lesquelles vivent les familles des villages limitrophes de ces deux communes. En arrivant au village Ihamdiwen qui est connu pour ces champs de figues et les formidables sources d’eau qui jaillissent en plein air, on se croirait quelques décennies en arrière. Notre jeune accompagnateur Hamid nous a longuement expliqué le calvaire qu’endurent à longueur d’années les habitants de cette contrée. « Nous sommes dépourvus de tout moyen et nous sommes confrontés à plusieurs problèmes ». Il cite en exemple l’état de la piste reliant leur village à d’autres hameaux qui est devenue impraticable, car non entretenue. Cette route, où plutôt cette piste, qui sur une distance de 6 km relie les villages d’Ihamdiwen, Ath Ahniche, El Inser, Imarzak et Iboukhourchoufa engendre d’énormes difficultés aux usagers. Pourtant cette ligne est très utilisée par les habitants de cette localité notamment les transporteurs. A ce titre, notre guide souligne que « les moyens de transports sont très rares à cause essentiellement de ce chemin dégradé. En effet, pour rallier les autres bourgs et surtout la ville de Draâ El Mizan il faut faire un trajet de 4 km pendant lequel on se dégourdit les jambes avant qu’un bus n’arrive et bien sûr en déboursant une somme de 30 DA ». Mais les villageois de cette contrée ne déplorent pas seulement l’absence de transport, car les infrastructures sportives culturelles et éducatives sont également inexistantes. Tous les élèves de la localité sont scolarisés dans l’unique CEM implanté au chef-lieu de Frikat. « Nos enfants sont obligés de se lever très tôt vers 6 heures du matin pour être au rendez-vous à 8 heures », lance notre interlocuteur lorsque nous l’interrogeons sur le transport scolaire. Nous continuons notre chemin vers d’autres villages, et en cours de route nous apercevons beaucoup de jeunes dispersés sous les oliviers, à l’ombre de figuiers et dans tous les coins où la fraîcheur se fit ressentir. Cela confirme un taux de chômage des plus élevés en ces bourgs. « Nos jeunes sont des chômeurs et personne ne travaille puisque aucun projet n’est là pour absorber un tant soit peu le taux de chômage galopant qui sévit dans la région, les seuls revenus des villageois ici c’est grâce à l’apport en devises de l’immigration effectué par nos parents ». Enchaîne notre guide avant de continuer : « …Concernant nos diplômés, ceux ci préfèrent aller dans des grandes villes, à la recherche d’un hypothétique emploi ou alors de fuir complètement vers d’autres cieux plus cléments ». Nous arrivons au village d’Ath Ahniche, l’occasion de faire une brève halte et de remarquer quelques enfants qui transportent des jerricans d’eau à dos d’âne à une source d’eau située à quelques kilomètres, au lieu dit « Rwabi ». Une pénurie d’eau qui semble sévir sur ces hauteurs. A ce sujet, les citoyens de ce village s’interrogent sur le fait que plusieurs sources restent toujours non exploitées s, malgré l’abondance de ce précieux liquide. Notons que même les autres bourgs, comme El Insar et Imarzak, souffrent d’un manque flagrant d’eau potable. « Nous avons réclamé à maintes reprises auprès des responsables locaux mais aucune suite n’a été donnée », dira un vieux. Là encore, les habitants de ces villages déplorent l’absence d’infrastructures élémentaires telles une agence postale, une antenne administrative. Pour ce faire, les citoyens, afin de se faire délivrer un simple document administratif, sont contraints de se déplacer vers le chef-lieu communal, soit un trajet qui dépasse les vingt kilomètres, ce qui leur coûte une somme de 100 DA, puisque ils sont obligés de rallier la ville de Draâ El Mizan et de prendre les bus à destination de Frikat, soit un détour de plusieurs kilomètres, ce qui, en plus des désagréments, engendre des frais considérables. Alors que ces villages sont éloignés de quelques 03 kilomètres dudit chef-lieu. Les habitants sont unanimes à déclarer : « Qu’il faut ouvrir une piste vers le siège de l’APC au lieu de faire le tour du monde ». La période hivernale accentue énormément la souffrance des habitants du village d’Ihamdiwen puisque la bonbonne de gaz est introuvable. « Soit on se déplace vers la ville de Draâ El Mizan soit on va plus loin encore. Aucun dépôt de gaz n’existe ici, c’est le tiers monde », ajoute notre guide. Pourtant un responsable qui occupe un poste aux services techniques de l’APC de Frikat nous a confirmés que toutes les décisions ont été prises pour l’aménagement de cette région : « Nous avons élaboré des fiches techniques pour tous les villages, que ce soit pour les revêtements des pistes ou l’aménagement, ainsi que pour le réseau AEP nous attendant le budget nécessaire à la réalisation de nos projets ». Sur le chemin du retour par Bouira nous avons fait le trajet qui dépasse les 30 km en passant par le village de Tizi Larbaâ et d’Aomar en empruntant la RN 5, trajet réalisé en à peine une vingtaine de minutes, tandis que pour l’aller nous avions mis presque une demi-journée à pied car rares sont les automobilistes à vouloir s’aventurer sur une piste cahoteuse et sinueuse. Ainsi Ihamdiwen, village connu pour ses célèbres troupes d’idhabellen, à l’instar de celle de Hmatache qui lance un SOS aux pouvoirs publics afin de prendre en considération les besoins de leurs populations et de procéder rapidement à l’aménagement du tronçon Ihamdiwen-Laghoual afin de faciliter leurs déplacements quotidiens au lieu de faire le tour des villages. « Je remercie notre journal DDK pour son déplacement chez nous et je lance un appel aux responsables de venir aux secours de notre population », a conclu Hamid, notre guide. Il est bon de rappeler que la commune de Frikat est toujours gérée par un administrateur depuis les élections de 2002.

A. Fedjkhi