Suicide : quelle thérapie ?

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Le suicide, acte compulsif d’autodestruction, est-il en passe de devenir un fléau social ? D’aucuns estiment qu’il connaît une expansion “dramatique”, du moins dans la wilaya de Bgayet, qui enregistre annuellement des dizaines de cas de suicide. Bgayet arrive ainsi dans le peloton de tête des régions du pays à forte endemicité du suicide.

Une analyse que ne partage pourtant pas tout à fait un psychiatre du secteur privé exerçant à Akbou. Il note qu’“qu’il n’y a pas plus de suicides qu’avant”. “C’est la médiatisation à outrance, assène-t-il, qui donne cette impression d’augmentation des cas de suicides”. Jugement plus nuancé pour ce psychiatre de la ville de Bgayet : “En l’absence d’enquêtes épidémiologiques et de statistiques fiables, il est pour le moins malaisé d’évaluer l’évolution de ce phénomène qui touche surtout la frange juvénile”. Le suicide semble toucher de préférence les personnes mentalement perturbées.

Les sujets atteints d’une affection psychiatrique caractérisée telles que névrose, psychose ou schizophrénie peuvent adopter une conduite suicidaire avec un risque de passage à l’acte, en réponse à des délires ou des hallucinations. “Chez ces malades présentant une confusion mentale, le suicide est le plus souvent impulsif et immotivé. Il se déroule alors en l’absence de toute lucidité”, estime le médecin.

Les états psychotiques (dépression mélancolique, réactionnelle…) peuvent être responsables de suicides. Dans ce cas, l’envie d’attenter à sa vie est sous-tendue par une souffrance morale qui enfonce le malade. Les tendances suicidaires peuvent également découler des états névrotiques (névrose d’angoisse, phobique, obsessionnelle). “Toute personne qui exprime des velléités doit faire l’objet d’un examen et d’une prise en charge médicale et psychologique”, préconise le médecin.

Tout suicidant est-il un malade mental ? “Non !”, répondent unanimement les psychiatres, “Même si toute tentative de suicide est considérée par les praticiens comme morbide ou anti-sociale”, enchaînent-ils.

Les difficultés professionnelles, l’instabilité familiale et les conflits en tout genre peuvent constituer un cocktail explosif et, partant, faire naître un authentique désir de se détruire. “Le suicidant, quels que soient ses mobiles, essaie de se dérober aux impératifs et aux liens sociaux parce qu’il les refuse ou ne se croit plus capable de s’y adapter”, nous explique le psychiatre.

Le suicide chez l’enfant et chez l’adulte jeune est largement déterminé par un conditionnement social et familial néfaste ou, du moins, vécu comme tel. Il peut découler également des difficultés psychologiques qui ne sont pas toujours perceptibles par l’entourage du sujet. “La conduite suicidaire peut paraître bénigne, mais au fond, elle se révèle comme un cri d’alarme ou la réaction désespérée”, ajoute encore le psychiatre.

Quelle conduite adopter face à une personne ayant fait une tentative de suicide ? Dans tous les cas de figure, les médecins conseillent de ne pas tomber dans le piège des réactions agressives qui peuvent pousser le sujet à la récidive. “Il faut plutôt conserver une attitude naturelle et tenter de pénétrer la signification de l’acte pour aider le sujet à résoudre ses conflits”, insiste-t-on.

Quant aux moyens utilisés pour se donner la mort, la pendaison arrive en première position. On a également vu des suicides par overdose de médicaments, ingestion de produits caustiques ou encore la section des veines du poignet. En revanche, le suicide par arme à feu ou l’immolation par le feu sont rarement utilisés.

N. Maouche

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