A J1-2 de l’événement le plus important du mois, après bien sûr le match de l’équipe nationale, la population est en effervescence surtout qu’encore une fois il n’est pas permis aux petites bourses de répondre aux exigences de ce grand événement qui n’est autre que la fête religieuse de l’Aïd El Adha.
Outre l’achat d’habits neufs aux enfants et les ingrédients nécessaires à la confection de gâteaux, la plus grosse dépense que les pères de familles auront à faire ce mois-ci, est incontestablement la somme réservée à l’achat du mouton. Si pour les habits neufs indispensables aux enfants, les magasins de friperie sont venus à la rescousse depuis quelques années, le prix du mouton garde sa place d’inabordable en grimpant d’année en année. A titre d’exemple, le prix du mouton a augmenté facilement d’un tiers cette année par rapport à l’an dernier.
En faisant les marchés à bestiaux hebdomadaires de la région et certaines étables de fortune de quelques maquignons conjoncturels, nous avons eu à constater et confirmer cette augmentation qui a tendance à devenir une logique périodique.
«Cette augmentation n’est pas une décision prise par nos soins mais plutôt une incidence que nous subissons au même titre que le consommateur» dira Nacer, un revendeur circonstanciel, rencontré dans un marché hebdomadaire d’une commune du littoral, lequel précisera aussi qu’en allant jusqu’à Djelfa pour acheter les moutons en gros, il a fait une bonne affaire par rapport aux prix pratiqués dans d’autres régions du pays.
Selon ce dernier, si les moutons ramenés de Djelfa valent en moyenne mille dinars le kilogramme de viande, ceux d’autres régions oscillent entre mille deux cents et mille cinq cents dinars. Cette analyse n’engage que ce maquignon car personne ne peut discerner entre un mouton de Djelfa et celui d’Ouled Djellal. Ce qui est, par contre, sûr, c’est que les prix ne sont nullement abordables, privant de facto beaucoup d’Algériens de la joie du sacrifice, lesquels opteront pour l’achat de viande et abats pour remplacer cet intouchable mouton. La disponibilité abondante de l’aliment, fourrage et orge n’a pas influé sur les prix et seule la loi de l’offre et de la demande a pu les diminuer quelque peu depuis deux semaines. En effet, ayant constaté que la clientèle diminuait de marché en marché, les maquignons ont revu à la baisse leurs prix et le mouton qui valait deux millions et demi au début du mois est proposé à deux millions deux cents le week-end dernier. Il y a une certaine frange de la population qui attendra la veille de l’Aïd pour acheter et cette dernière n’aura probablement pas tort car tout laisse croire que les prix diminueront. D’ailleurs Rachid, un autre revendeur polyvalent et conjoncturel, nous dira qu’il sera obligé de baisser les prix de ses moutons le dernier jour car sur la cinquantaine qu’il a ramenée il n’en a vendu que quatre jusqu’à présent. Au chef-lieu de la wilaya, le problème de prix ne se pose pas en priorité, c’est plutôt, contre toute attente, la disponibilité de béliers cornus qui intéresse les bejaouis. Effectivement, ces derniers sont les plus prisés à Béjaïa ville et les maquignons venus de toutes les régions du pays le savent et en profitent pour rajouter un supplément de deux à trois mille dinars aux prix
Cette tendance à n’acheter que les cornus est justifiée par le fait de vouloir bomber le torse devant le voisinage mais aussi par l’envie de voir son bélier battre tous les autres dans les combats organisés dans les quartiers. Oui, en faisant pâturer leurs moutons dans les… espaces verts, les bejaouis les font combattre entre eux. Cette habitude remonte à la nuit des temps pour les béjaouis et d’ailleurs, rares sont les béjaouis de souche qui achètent des béliers écornés pour l’Aïd. Enfin ! Qu’ils soient cornus ou écornés, les prix des moutons cette année ont certainement changé les habitudes de beaucoup de familles en les obligeant à se rabattre sur l’achat d’un morceau de viande et des abats et de faire encore une fois, l’impasse sur le mouton.
A. Gana
