Cet organisme consultatif n’a pas omis de préciser que les augmentations de salaires, aussi bien les dernières arbitrées par la tripartite que celles des années passées, ne sont pas issues d’un effort supplémentaire de croissance et de productivité. Si les réserves de changes et le fonds de régulation des recettes peuvent corriger temporairement les déficits budgétaires, rien ne garantit que cela demeurera possible pour les prochaines années.
Il s’ensuit que, en matière de stratégie de développement économique, seule l’investissement créateur d’emplois et de plus-value social pourra travailler pour la stabilisation et la promotion de la jeunesse algérienne laquelle constitue la majorité écrasante de la population.
Même si la distribution démographique de notre pays a enregistré au cours de la dernière décennie une sensible évolution – début d’un lent processus de vieillissement de la population suite à un ralentissement de la natalité, au recul de la mortalité et à l’allongement de l’espérance de vie- la frange de la jeunesse continue à représenter la proportion la plus importante de la population, à savoir plus de 70%. Il n’est donc pas étonnant que les plus gros budgets de la Nation lui soient réservées via, par exemple, des secteurs comme celui de l’Éducation, de la Formation professionnelle et de la Jeunesse et des Sports
En tout cas, sur le plan de la stratégie économique du pays, tous les efforts de la collectivité sont censés tendre vers la garantie d’un avenir meilleur pour les jeunes générations. Cela étant un principe non seulement moral mais aussi de la logique de la continuité générationnelle qui fonde la permanence d’une entité humaine et d’un pays.
La politique de l’entreprise- que ces entités soient nationales ou étrangères- est la seule alternative économique susceptible d’agir la croissance du PIB, sur les capacités de production, la lutte contre le chômage et l’amélioration du pouvoir d’achat.
Quel cadre d’évolution pour l’entreprise ?
Actuellement, et selon les chiffres de l’année 2008, même si le secteur privé contribue à la création de richesses à hauteur de 80%, il n’a bénéficié que de 53% des montants des crédits destinés à l’économie. Le reste, c’est-à-dire 47%, est destiné au financement des entreprises publiques. Le patronat algérien a déjà mis en garde contre la poursuite d’une politique économique qui risque de faire de l’Algérie un pur marché de consommation. La hantise pour l’entreprise privée algérienne est de faire les frais d’un politique trop ouverte sur l’extérieur alors que, dans l’étape actuelle, cette entreprise est considérée en voie de formation, d’apprentissage et d’adaptation. Les premiers effets de l’ouverture inconsidérée sur le marché ont déjà fait leurs « victimes ». La mortalité des entreprises est devenue une réalité. Les filières du textile, cuir et bois en savent quelque chose. Une concurrence féroce, voire déloyale, leur est livrée sans coup férir par les produits d’importation. Ce sont des produits algériens qui disparaissent et des milliers de postes de travail qui sautent. L’exemple de la petite et moyenne entreprise activant dans le domaine de l’artisanat est frappant.
Les problèmes auxquels est confronté ce secteur de l’économie sont connus à peu près de tous les acteurs qui y interviennent et sont inventoriés comme étant de véritables freins à la véritable promotion de l’artisanat. La cherté de la matière première, à commencer par l’or et le cuivre, constitue un handicap majeur. Ensuite, il a été fait état du poids de la fiscalité et des tarifs douaniers qui grèvent de leur poids l’essor du secteur. Cela se répercute directement sur le coût de production et sur la commercialisation qui n’arrive pas encore à se frayer un chemin d’autant plus que, autre épine sur cette voie, le commerce informel pour ces produits est aujourd’hui florissant.
Pour faire face à cette situation pénalisante, la restructuration du fonds national de l’artisanat et la révision de son mode de gestion pour en faire un fonds de soutien et de crédit sont vus par les cadres de ce secteur comme un des remèdes susceptible de fouetter la production. Dans la même optique, il est envisagé la création d’un « pôle touristique » propre au secteur de l’artisanat dans chaque wilaya. Les acteurs animant ce secteur d’activité voient dans des actions d’information et de marketing de la part de nos représentations diplomatiques à l’étranger- tendant à faire connaître et à promouvoir le produit du terroir algérien et son fabricant-une autre voie fort intéressante pour l’écoulement de la production. C’est l’une des conditions essentielles pour pouvoir pénétrer les autres marchés du monde au sein desquels une concurrence féroce est engagée depuis longtemps.
Nouveaux outils de gestion
Les économies modernes, qu’elles soient celles des pays développés ou celles des pays dits émergents, sont basées essentiellement sur la gestion de l’entreprise. Les autres secteurs, consommateurs d’argent, font partie de la politique générale de l’État consistant à organiser son administration, son armée et son école, et consistant aussi à orienter les flux des transferts sociaux (soutiens publics à des secteurs fragiles, aide de certaines franges de la population…). Cette politique de l’Etat matérialisée par la confection d’un budget repose justement sur la fiscalité issue de l’activité des entreprises. C’est cette plus-value sociale qui est redistribuée à la nation sous forme de services et de différentes prestations. Pour sortir de la logique rentière mortelle dans laquelle elle évolue depuis quatre décennies, l’Algérie est appelée à s’engager de plus en plus hardiment dans une vraie politique d’entreprise, génératrice de richesses, d’emplois et de revenus fiscaux. Une fois que les contraintes du climat d’investissement seront globalement dépassées, se posera alors l’épineuse question de la gestion et du management de l’entreprise. En tout cas, la gestion de l’entreprise publique telle qu’elle est connue jusqu’à ce jour ne pourra guère servir de modèle. Loin s’en faut. Il faudra certainement revenir d’abord à ce qui constitue le baba de l’entreprise, à commencer par cette définition simple mais lourdement engageante : une entreprise est une organisation économique autonome, disposant de moyens humains et matériels, qu’elle combine en vue de produire des biens et des services destinés à la vente. L’économie du savoir ou de la connaissance est le nouveau concept consacré depuis moins d’une décennie pour désigner le capital « savoir » (background managérial, technique et scientifique) qui sert d’assise à la politique de la gestion économique et particulièrement à la gestion des entreprises. En effet, pour maîtriser la gestion d’une entreprise, il importe de maîtrise ses différents environnements (politique et juridique, culturel, géographique, social, économique et technologique). L’importance de la connaissance de l’environnement pour un manager d’entreprise est capitale. Certaines composantes de cet environnement peuvent présenter des risques à tout moment : inflation subite de certains matériaux, basculement du niveau de changes, climat social tendu, nouvelle politique fiscale contraignante…). D’autres composantes se présentent sous formes d’opportunités à saisir (croissance économique soutenue, innovations technologiques, hausse des salaires soutenant la consommation…). Les managers apprennent, pour réduire certains risques liés à l’environnement de l’entreprise, à transformer une menace en opportunité en se donnant l’imagination et les moyens nécessaires d’anticiper la menace.
Dans quel état de préparation et de maîtrise se trouve le personnel de l’entreprise algérienne par rapport à cet environnement identifié et intégré par les entreprises des pays développés ou émergents ?
Le pari de la ressource humaine
La réalité de la gestion des ressources humaines dans l’entreprise algérienne est en tout loin de pouvoir s’inscrire dans la logique de la stratégie de développement de l’entreprise, de sa conduite vers une croissance durable et de sa projection dans la sphère de la performance. Il est vrai que la notion même d’entreprise en Algérie est très récent et a fait son entrée par effraction depuis l’ouverture du pays sur l’économie de marché. L’un des handicaps majeurs qui empêche de rattraper ce retard dans un délai raisonnable est sans aucun doute la qualité de l’encadrement et du personnel d’exécution appelés à jouer les grands rôles au sein de l’entreprise. Dans ce contexte, l’attention est vite happée par la qualité de la formation scolaire, professionnelle et universitaire. Le moins que l’on puisse en dire est que l’intégration et l’adéquation formation/emploi n’est pas assurée. Soit on forme pour des métiers qui ne sont pas encore installés et que les frais émoulus de l’université n’ont pas les moyens matériels et financiers d’initier ; soit, on forme d’une façon médiocre au point où le cadre de conception ou d’exécution ne trouve pas sa place dans une entreprise privée qui exige imagination, réactivité, compétence et sens de l’initiative pour s’insérer en son sein.
Le Conseil national économique et social avait déjà estimé à 200 ou
300 000, le nombre de primo-demandeurs d’emploi par an. Certains experts parlent d’un nombre de 450 000. Le rythme actuel des investissements ne permet d’absorber qu’une partie de cette bouillonnante ‘’armée de réserve ». Plus grave, cette institution publique d’évaluation sociale et de prospective avait averti en 2005 que le peu de progrès réalisé en la matière- l’investissement- reste fragile puisqu’il n’arrive pas à s’auto-entretenir par une croissance durable. Les experts nationaux et étrangers tablent sur une croissance du PIB d’au moins 8% étalée sur plusieurs années pour prétendre réduire substantiellement le chômage dans notre pays ; voie étroite qui requiert une stratégie expansive en matière de création d’entreprise et une politique de formation adaptée au contexte économique. Ainsi, parler de la compétence au sein de l’entreprise algérienne et de la manière dont elle est utilisée ou gérée comporte un obstacle de taille matérialisé par la déconnexion du monde de la formation qualifiante par rapport à l’univers de l’entreprise. Le problème serait encore plus complexe si l’on introduisait la notion de recherche-développement (R&D) telle qu’elle est appréhendée par la plupart des entreprises des pays développés. Sur le plan de la recherche scientifique appliquée, l’Algérie, au vu de l’embellie financière qui caractérise son économie depuis presque une décennie, est supposée pouvoir engager de grands chantiers pour mettre à niveau les entreprises et l’administration sur le plan technique en adaptant les dernières inventions et créations du monde développé. Il est désolant de voir des logiciels pirates- qui circulent en toute impunité- prendre la place et le rang de recherche applicables à nos entreprises. Or, en matière de solutions informatiques, des Algériens de valeur sont en train de rendre des services inestimables à des boites étrangères au moment où s’échafaudent ici de fumeuses chimères lors de dispendieux séminaires tendant à inciter les cerveaux algériens à revenir au pays pour y investir et s’y investir ! La part prise par la matière grise algérienne sous d’autres cieux est un signe révélateur des échecs recommencés de la politique nationale de recherche et de la stratégie de la valorisation des énergies humaines nationales.
Que ce soit dans le secteur primaire (agriculture, forêts, environnement) ou dans le secteur secondaire (industrie, agroalimentaire) en passant par le secteur des services (tertiaire), l’Algérie a des besoins énormes de mise à niveau technique et de gestion. Aucune mesure administrative ou « jurisprudence » étrangère ne peut remplacer l’action de la recherche scientifique. Des actions de recherche appliquée ont été déjà initiées en Algérie pour adapter des inventions ou créations occidentales de façon à en tirer le meilleur parti pour les entreprises de notre pays.
Amar Naït Messaoud
