Des terres agricoles pétrifiées sous le béton

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L’implacable avancée du béton dans les plaines fertiles de la vallée de la Soummam, pendant que les terres ingrates des versants et des collines restent dénudées et érodées, jette une lumière singulière sur l’état du foncier de la région qui fait face à mille périls.

Cette situation trahit les graves dysfonctionnements et les incohérences affectant sa gestion et qui ont conduit tout droit à sa dilapidation. “C’est la conséquence des effets pervers d’une réglementation inadaptée et le flou juridique caractérisant le statut de la plupart des terres”, fait remarquer un élu local d’une commune de la haute Soummam. La superficie agricole exploitée ne dépasserait pas les 30%, y compris les terres de parcours, de forêts et de maquis relevant du domaine privé de l’Etat.

Au fil des années, les domaines ont subi des ponctions récurrentes, très dommageables pour le patrimoine des collectivités, l’agriculture et l’aménagement du territoire.

S’appuyant sur un texte de loi régissant l’aménagement du territoire, l’Etat a utilisé à des fins urbanistiques de larges parcours pourtant promis à l’agriculture.

Fort de son statut de propriétaire exclusif, l’Etat a transformé ces terres en vastes espaces pour la mise en œuvre de programmes de logements et d’infrastructures diverses. D’autre part, une bonne partie des terres “melk”, appartenant à des particuliers, ne dispose pas de titres de propriété ni de plans cadastraux. “Le morcellement découlant du partage de ces terres est un obstacle majeur à l’investissement”, estime un géomètre de la région de Sidi Aïch.

Conséquence, la majorité de ces lopins de terre est vouée à la jachère quand elle n’est pas l’objet de transactions occultes. “De grands propriétaires terriens qui ont repris leurs biens aux exploitants agricoles des EAC et EAI se détournent de l’agriculture pour procéder à la cession d’une partie de leur patrimoine au profit de tiers”, relève un agriculteur d’Amizour.

Ces transactions font, nous dit-on, les choux gras des agriculteurs qui trouvent facilement des acquéreurs, prêts à faire disparaître ces terres sous la ferraille et le béton des maisons d’habitations et des locaux commerciaux.

Pour les terres à topographie accidentée, c’est le même constat affligeant. L’exploitation inconséquente du couvert végétal expose le sol ainsi dénudé à l’action de l’érosion tant éolienne qu’hydrique.

Une érosion aggravée par les mauvaises pratiques culturelles comme les labours n’épousant pas les courbes de niveau.

L’état du patrimoine foncier appelle à des solutions urgentes pour le préserver de tous ces périls. Il est attendu du nouvel arsenal juridique qu’il y contribue efficacement. Mais suffira-t-il pour endiguer cette frénésie destructrice ? Rien n’est moins sûr.

N. Maouche

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