Quelle que soit la route que l’on emprunte, pour monter vers les villages kabyles, on ne manque pas de rencontrer d’imposantes bâtisses, de deux, trois ou quatre étages, balcons et fenêtres closes, avec des garages aux rideaux fermés, sur lesquels on peut lire « à louer ». Oui, si les maisons ne sont pas à vendre, les garages eux, le sont. Après les avoir tenu fermés pendant longtemps, les propriétaires se décident à les « mettre en valeur ». Des propriétaires qui sont souvent dans les villes et même à l’étranger ! Ces maisons et ces garages sont souvent le fruit des économies de toute une vie. Les Kabyles, c’est connu, aiment investir dans le bâti : axxam n ddunit, dit le proverbe, am win n laxert, « la maison dans le monde d’ici-bas, c’est comme la demeure de l’au-delà », autrement, c’est une obligation d’avoir une maison sur cette terre, d’en laisser en legs à ses enfants ! Mais l’investissement n’a de sens que si l’objet réalisé sert à quelque chose ou peut servir à quelque chose. On comprend que, dans le cas des familles nombreuses, on construire plusieurs étages, on comprend que des gens sur place aient besoin de locaux commerciaux pour leurs activités. Mais à quoi bon construit des villas de quatre ou cinq étages qu’on n’habitera pas ou que ses enfants, installés ailleurs, n’habiteront pas ? `A quoi bon multiplier les garages qu’on tiendra fermés toute l’année ? Ne vaut-il pas mieux investir dans des activités qui produisent réellement des richesses ou des emplois ? Les domaines ne manquent pas où les économies des gens ou l’argent de l’émigration pourraient être utilisés à bon escient : seulement, à part élever des édifices ou construire des garages, certains ne savent pas quoi faire de leur argent. Peut-être que si on leur expliquait mieux les choses…
S. Aït Larba
