Il est midi. La pluie tombe à grosse averse depuis le petit matin. Un groupe de collégiens, filles et garçons, s’abritent au pied d’un olivier centenaire aux branches immenses. Avec des mains gelées, ils mangent des sandwichs froids qu’ils avaient ramenés avec eux en quittant leur maison. L’eau de pluie amassée s’égoutte sur les épaules et le cou des collégiens qui frémissent de plus en plus, sans pouvoir remédier à leur situation. Le vent souffle. Serrés, épaule contre épaule, cartables emprisonnés entre les genoux, ces quelques collégiens toussent à s’arracher la poitrine. Il n’y a pas d’eau à boire.
Une fille sort de son sac des mouchoirs en papier qu’elle tend à ses copains pour se moucher, puis, ensemble, il s’essuient les mains contre leur blouses avant de les mettre dans leur poche, le temps de se réchauffer pour pouvoir tenir le stylo toute l’après-midi.
Un élève dira : « Chaque midi, à la sortie du collège, on vient ici. Le coin est désertique et c’est le seul refuge que nous avons trouvé, c’est bien le pied des oliviers. Nos cartables sont lourds et nous habitons loin, tellement loin, qu’il est impossible de faire la navette jusqu’à la maison, manger et revenir à l’heure, l’après-midi. Moi, j’habite à Agueni… vous connaissez la distance ? Le garçon écarte les doigts et en compte trois. « Trois longs kilomètres ».
A côté de lui, une fille abonde dans le même sens : « Vous savez, les lycéens de Chemini ont des bus mais pas nous. Pourquoi, hein ? Pourtant, nous sommes en période d’examen, mais il est difficile de réviser à la maison, il fait très froid. Pendant la journée, au lieu de réviser sereinement, on perd notre temps à marcher sans arrêt ».
Qu’il vente ou qu’il neige, matin et soir, ce sont des cortèges d’élèves qui cheminent à pieds vers le collège Chaïbi Rabah de Semaoune, les cartables lourds sur leur frêles épaules en provenance de Semaoune, Agueni, Sidi L’Hadj Hassiene, Ath-Ouragh, Thakhlidjeth, Il-Mathen, Ledjnane et Sidi -Yahia. Depuis son inauguration en 1996, ce collège fonctionne mal.
Cependant, la sagesse et la volonté remarquable du personnel apportent du réconfort et un supplément psychologique nécessaire pour tenir la cadence. Les élèves rencontrés sur place, avares en propos, nous montrent un chantier surplombant la cour du collège. « Ce sera la future cantine, dit l’un d’eux. Les travaux ont commencé pendant l’été, mais ils n’avancent pas. Franchement, ce sera une bonne chose qu’ils finissent vite, qu’on mange à midi tranquillement, à l’abri du froid, et loin du soleil de plomb à l’approche des vacances ».
En effet, la réussite scolaire exige le concours de divers moyens allant du financier, à l’humain et aux infrastructures pour pouvoir offrir des commodités au bon déroulement des cours, des rattrapages, des séances de sports, à la nourriture quotidiennement équilibrée et aux heures de loisirs passées dans une ambiance bon enfant.
Et les collégiens du CEM Rabah Chaïbi de Semaoune ne demandent que le minimum syndical une cantine !
Tarik Djerroud
