Sale temps pour Apis Mellifica (non latin de l’abeille mellifère) laquelle par un complexe processus d’inversion des sucres butinés dans la nature, produit le miel, ce nectar des Dieux aux mille vertus, très recherché pour ses effets thérapeutiques averses produit à partir d’une seule variété de fleurs (miel unifloral) ou de fleurs variées (miel « toutes fleurs »), le miel dont la teinte varie à température ordinaire d’un ton incolore au brun sombre, nargue du haut de ses 3500 DA le litre (prix moyen) le consommateur.
Ce prix donnant le vertige est, à lui seul, révélateur de l’état de déliquescence qui affecte la filière apicole qui n’en finit pas de broyer de noir. « Si le prix du miel vole si haut, c’est presque l’apiculture voltige si bas », ironise un jeune investisseur de la région de Seddouk, versé depuis peu dans l’élevage des abeilles. Et d’ajouter : « pourtant ce créneau n’exige ni de gros efforts d’investissement ni une haute technicité ».
Empêtrée dans le carreau du mode de conduite artisanal et confinée dans sa quasi-totalité dans la zone rurale montagneuse, l’apiculture représente une économie d’appoint.
Dans la vallée de la Soummam, cet élevage est complémentaire à l’arboriculture dont elle dope le rendement allant de 20 à 30 %.
La symbiose est parfaite dans cette relation à bénéfices partagés. Les faibles rendements obtenus sont largement imputables à la forme primitive du mode de conduite en usage dans pratiquement toutes nos contrées.
Les essaims naturels sont recueillis et installés dans des ruches à rayons fixes que l’on vide à l’automne, généralement par asphyxie, quand les abeilles ont constitué leurs réserves pour l’hiver, le miel est alors séparé de la cire par pesage.
Ce miel dit de « presse » est, de l’avis des connaisseurs, de qualité médiocre.
Des apiculteurs de la haute Soummam, pratiquant à la fois l’élevage de reines, le contrôle de l’éssamiage et le nourrissage pour favoriser la croissance des colonies, nous feront savoir que la production de miel a accusé un net déclin au cours de ces dernières années.
Les rendements de leurs vergers d’agrumes auxquels sont intégrés leurs modules ont suivi la même courbe descendante : « La sécheresse et le rétrécissement du patrimoine floristique qui ont caractérisé ces dernières décennies y sont certainement pour quelque chose » suppute un apiculteur d’Ath M’likèche sur les hauteurs de Tazmalt.
Pour sa part, un paysan de la région d’Ouzellaguen, tout en déplorant amèrement que cette filière soit victime de marginalisation, met à l’index : « le bouleversement du climat et l’usage intempestif des insecticides », qui font peser, selon lui, une menace certaine sur l’abeille et l’activité apicole. « Il est pour le moins malaisé, tranche-t-il, de concilier la nécessité de lutter efficacement contre les maladies comme la mineuse affectant les agrumes et l’impératif de préserver l’abeille qui butine et pollinise ».
N. Maouche
