Dur, dur de faire le marché !

Décidemment, tout comme nos Verts qui se trouvent en difficulté à la CAN pour marquer des buts, il est de plus en plus difficile aux citoyens de remplir leurs filets un jour de marché. Au marché hebdomadaire de Sidi-Aïch, comme partout ailleurs, les vendeurs affichent des prix sensiblement à la hausse depuis un mois.  » Depuis que le SNMG est porté à 15 000 dinars, le prix des produits alimentaires ont été tirés vers le haut ! « , déplore un homme aux traits fatigués et dont le couffin est tristement vide. L’air serein, le commerçant lui répond : « Je vous invite à venir faire un tour au marché de gros et vous allez constater que notre marge est stable à 20 dinars, 25 dinars tout au plus. « 

Chose naturelle qu’un client et un vendeur se jettent la pierre où chacun étrenne aimablement la tunique du bouc émissaire et cependant, les prix demeurent étourdissants et mettent à mal l’équilibre des ménages de plus en plus enclins à se serrer la ceinture.

Les étals sont pleins à craquer. Et il est difficile de se frayer un passage parmi une foule dense ; que ce soit auprès des bouchers où les passants se satisfont de regards suspendus et figés, que ce soit auprès des stands pour fruits et légumes. Comme par manie, les clients préfèrent procéder d’abord par des va-et-vient, le temps de comparer les prix. « On aurait dit que les vendeurs se sont entendus sur les tarifs ! Nous dit un homme. Mais le scandale, ajoute-t-il, c’est qu’ils imposent le même tarif pour le riche et pour le pauvre. C’est injuste ! »

Une virée au marché est une irremplaçable occasion pour constater toute l’amertume qui ronge bien les bourses de nos concitoyens. La viande rouge culmine à 700 dinars, le foie est cédé à 1300 dinars, la sardine rejoint les tripes à 200 dinars le kilo. Les herbivores non plus ne sont pas mieux lotis. La banane vaut 130 dinars, la clémentine est portée à 150 dinars, l’orange est tarifée 120 dinars, la pomme quant à elle son prix varie entre 130 et 160 dinars. L’aïl se maintient comme roi à 280 dinars, la tomate vaut 85 dinars, l’oignon, 65 dinars, la carde et les navets sont cédés à 35 dinars, la pomme de terre ; 45 dinars, les petits pois ; 150 dinars, l’haricot vert, 240 dinars, la carotte, 40 dinars, la courgette, 85 dinars, les poivrons et piments sont à égalité, 100 dinars, les fenouils, 50 dinars, le choux à 50 dinars, le chou-fleur est à 60 dinars, la salade est à 60 dinars, l’artichaut est à 80 dinars.

Ainsi, face à ce sombre tableau de bord et dès le petit matin, les clients font des tours et détours, tantôt pour tâter un légume, tantôt pour tâter le billet en poche. Et il faudrait reconnaître qu’il y a des calculs longs et savants pour s’offrir un kilo de tomate !

Incontestablement, faire le marché est une activité ardemment difficile. Mais, pour faire des emplettes, il se trouve des esprits bien malins qui semblent avoir trouvé la parade dans une astuce à la portée de tous. « Il faut venir au marché à partir de 11 heures et demi, suggère un homme comme un expert qui avoue être père d’une nombreuse progéniture. Les prix chutent de 5 à 10 dinars, c’est pas mal ! »

A 13h, lorsque le marché se vide, arrive le tour des grands pauvres qui fouillent à même les poubelles pour dénicher un produit encore frais et consommable, des gens ayant pour devise : il faut remplir la panse malgré tout !

« Manger cinq légumes et cinq fruits par jour », conseillent les nutritionnistes les plus rigoristes. Cependant, satisfaire ce souhait est impossible au regard de la tarification imposée au marché. Mieux, sur ce terrain qui regorge d’innocence où se côtoient l’opulent et le pauvre, tous deux soumis à la même et funeste estocade prouve que dans les travées d’un marché se mesure le pouls de la santé déliquescente de l’économie, se dessine la maigreur pitoyable des bourses et le ras-le bol récurrent des ménages.

T. D.