Cet établissement du secondaire haut perché a proximité du plus grand village d’Algérie pour ne pas dire d’Afrique (Takerboust), qui a ouvert ses portes en octobre 2002 ressemble par son emplacement en nid d’Aigle et son isolement au « phare du bout du monde » de Jules Verne, un phare qui n’éclaire cependant que grâce à une volonté de fer des enseignants et de l’encadrement qui ont, ensemble consenti d’énormes sacrifices pour sortir cette région réputée frondeuse d’un isolement dans laquelle elle a été longtemps confinée.
Avec ses 675 étudiants repartis sur 24 divisions dont 04 sont au système de « classes roulantes » à cause de l’exiguïté, ce lycée se débat dans une série de contraintes qui constituent un sérieux handicap pour son fonctionnement que nous relaterons par ordre d’importance.
A commencer par une absence totale de transport pour le personnel, l’arrêt le plus proche que desservent les fourgons assurant la navette entre Chorfa et Thakerbousth est à 02 km de cet établissement pour y parvenir, il faudrait d’abord franchir la rivière « Assif Aghbalou » et s’attaquer ensuite à une pente raide à travers champ, un véritable parcours de combattants pour les enseignantes aux corps frêles qui constituent plus de 60% de l’effectif du lycée, avec en plus, l’insécurité qui y règne le long de ce trajet sur lequel aucune enseignante n’oserait s’aventurer seule, les premières sont contraintes d’attendre l’arrivée des autres pour traverser en groupe, les retardataires n’ont d’autres solutions que de rebrousser chemin et rentrer chez elles, le manque de transport sur cet itinéraire qui constitue une route secondaire pourtant revêtue récemment en bitume est à l’origine d’un taux élevé de retards et d’absentéisme. Un fait aggravant constaté est l’absence d’un véhicule de service, le seul dont dispose ce lycée est la carcasse d’une vieille Mazda bâchée hors d’usage et mise sur cale depuis plusieurs années.
Les malades ou tout autre cas urgent sont évacués par les responsables du lycée avec leurs propres véhicules. Une autre contrainte et pas des moindres est le cas du rejet d’assainissement situé à moins de 100 m de l’établissement, un rejet alimenté en fait par deux réseaux l’un d’eaux usées et l’autre celui d’évacuation des eaux de pluie et de ménage, en plus de provoquer de considérables dégâts sur les vergers et oliveraies appartenant à des particuliers qui ne cessent de protester énergiquement, ce rejet est à l’origine d’un affaissement de terrain qui se répercute dangereusement sur l’infrastructure qui enregistre déjà les premières fissures dans la salle de la classe n° 16, ce trajet doit faire l’objet d’une prise en charge urgente, le mouvement du terrain est fort apparent, et n’est pas prés de s’arrêter.
La contrainte suivante est l’eau potable sévèrement rationnée en hiver et au compte gouttes en saison chaude de plus au vu de sa couleur, elle est loin d’être pure, le lieu de captage étant un ravin selon un ancien élu rencontré sur les lieux, la toiture de ce lycée est loin d’être étanche, des avaries d’où s’engouffre l’eau de pluie sont nombreux et visible à l’œil nu. A cela s’ajoutent d’autres problèmes tels que l’absence d’une salle de sport ; les séances d’éducation physique s’effectuent en plein air dans une région recouverte soit par la neige ou le verglas durant tout l’hiver.
Ajouté à des vents permanents extrêmement violents. Ce lycée ne possède ni téléphone ni fax, un réfectoire exigu conçu pour un effectif de 300 bénéficiaires et qui en reçoit quotidiennement 750, trois heures de chaîne pour se faire servir. Des toilettes aménagées au dessous du bloc scolaire qu’il est indispensable de déplacer. Hormis une détermination et une volonté à toute épreuve du personnel du lycée tout corps confondus décidé à relever le défi, le seul et unique point positif qu’on a relevé lors de notre passage ce lundi, est une bibliothèque bien garnie qui comptabilise 2833 livres toutes matières avec malheureusement une salle de lecture très étroite qui est d’ailleurs fermée.
Des enseignants tiennent à signaler un dernier problème qu’est la mauvaise programmation du ramassage scolaire malgré l’affectation de 03 minis bus. Nous quittâmes le lycée Amirat Slimane qui ressemble à une île isolée abandonnée a son triste sort avec un pincement au cœur sachant qu’il suffirait d’un peu de bonne volonté pour en faire une citadelle haut standing digne du légendaire Aarch n’Ath Aghbalou et du non moins légendaire feu Aami Slimane un héros de la guerre de libération qui préférait « l’Algérie a la démocratie ».
Oulaid Soualah
