La population non active, et les employés d’autres secteurs suivent certes de loin, mais ne ratent aucune phase de l’affaire opposant les enseignants au gouvernement. D’ailleurs, ils n’ont vraiment pas le choix.
Ils ne peuvent reste insensibles à ce bras de fer qui ne cesse de s’accentuer sachant que si la crise n’est pas résolue dans les plus brefs délais, le spectre d’une année blanche planera toujours dans certains établissements.
On craint que la situation n’empire, c’est-à-dire que les enseignants continuent à renvoyer les élèves à chaque fois qu’ils les voient devant le portail d’entrée, et que la tutelle des grévistes campe sur sa position en faisant la sourde oreille. A ce propos, les discussions vont bon train, et chacun y va de son analyse, à la place Djeninat, lieu privilégié des personnes âgées, Dda Akli, par exemple, trouve incompréhensible qu’ »une grille de nouveaux salaires et d’arriérés à payer au bénéficie des contestataires soient rendus publics, mais que rien ne bouge jusqu’à présent. «
Du fait qu’ils n’ont jamais été à l’école, donc incapables de maîtriser une langue, ceux-ci restent attachés à la radio, diffusant en « Dardja », telle la Chaîne 2, que Sid Ahmed écoute chaque matin. Et d’ajouter : « Toujours dans ce sens, j’ai entendu à la Chaîne 2, quelques porte-paroles de syndicats qu’ils n’ont jamais été associés à la prise de décisions ». C’est fou ce qu’ils détiennent comme informations à ce sujet, ils sont à la page, et une fois que celles-ci sont parvenues à leurs oreilles, ils n’hésitent à vous dire juste juste après ce qu’ils en pensent, comme Dda Arezki, un de leurs compagnons qui nous fera savoir : « Il y a quelque chose d’anormal, j’ai un fils, universitaire, qui touche 25 000 Da, et on promet au maître d’école 38 000 Da ».
En les voyant assis là à la place Djeninat, canne à la main, l’esprit ailleurs, on dirait qu’ils sont coupés du reste du monde qui les entoure, qu’ils s’en foutent éperdument des nouveaux statuts, de promotions, ou tout autre acquis. Eh bien, c’est là où on se trompe, car ajoute Dda Arezki : « Je ne sais pas si vous avez fait ce simple calcul, car 38 000 Da/mois représentent à peu près 4 fois le salaire d’un smicard ». Disons-le tout de suite, ce n’est pas qu’ils s’opposent à une quelconque hausse du salaire de l’enseignant, à aucun moment lors du dialogue, on a relevé la moindre opposition ; au contraire, reprend Dda Akli : « Pourvu qu’ils fassent leur boulot comme il se doit. «
A. Chérif
