A Maâtkas, on est loin d’oublier les conséquences générées par la grève du cartable de 1994. Des milliers d’élèves ont payé cache les frais de l’année blanche. Certains se sont retrouvés dehors et d’autres ont perdu leur rythme. Les enseignants aussi ont réglé la facture en se retrouvant avec des classes surchargées et face à des élèves qui ont perdu leurs connaissances et leur fraîcheur. Les résultats des années qui s’ensuivent furent mauvais. Cependant, grâce à la mobilisation notamment du personnel enseignant et de l’apport non négligeable des responsables concernés, la barre fut redressée au fur et à mesure. Ce qui a placé la wilaya de Tizi-Ouzou en tête d’affiche durant les deux dernières années en terme de résultats au bac. Un acquis dont tous les travailleurs de l’éducation étaient des artisans. Ce n’est pas chose aisée d’occuper le podium à l’échelle nationale après une année blanche, une décennie noire et un Printemps Noir. Une prouesse qui renseigne bien sur l’ampleur des efforts fournis par toute la corporation. Il est tout à fait inadmissible et inacceptable de perdre cet élan porteur d’espoir et d’optimisme pour des millions d’élèves et des milliers de travailleurs du secteur de l’éducation. Au lieu de persévérer pour faire de ce pays, pour lequel des millions d’hommes et de femmes se sont sacrifiés, un pays fort, moderne et prospère, l’on s’amuse malheureusement à détruire le peu qui en reste. Les Etats valent par leurs écoles et leur système éducatif. L’avenir de ce pays est directement lié à celui de l’école. Si l’on prend soin de celle-ci avec toute sa composante (élève, prof, responsable, programme, matériel et infrastructure), c’est toute la nation qui s’en sortira vainqueur et qui s’imposera sur la scène internationale par la valeur de ses cadres, par la maîtrise du savoir et du savoir-faire et par un progrès multi-dimensionnel. En somme, c’est tout le pays qui en tirera profit. La relève ne tombera pas du ciel, elle ne viendra que de l’école. Un raison pour laquelle, il faut faire l’impossible pour améliorer l’état des lieux, y compris la situation socio-professionnelle du personnel de l’éducation, du simple ouvrier au plus haut responsable.
L’école est malade et l’avenir incertain
Depuis le début de l’année scolaire en cours, les prémices d’une année perturbée commençaient à se dessiner, la grogne suscitée par la couleur du tablier, la surcharge des programmes, la lourdeur du cartable de l’écolier ont fait couler beaucoup d’encre et beaucoup de salive. L’annulation de l’effet rétro-actif des indemnités des enseignants et l’augmentation du SNMG qui n’a pratiquement pas touché la majorité des travailleurs, tous secteur confondus, et la flambée des prix qui elle, a concerné tout les travailleurs. Ce sont les quelques gouttes qui ont fait déborder le vase. Les enseignants, les praticiens de la santé, les ouvriers des collectivités locales et d’autres ouvriers du secteur dit productif décident de s’élever et de revendiquer leur droit à une vie décente et cela ne pourra se faire que par la révision des salaires.
Hélas, des mouvements de grèves sont déclenchés et la réponse des responsables concernés n’a pas évolué. Si les praticiens de la santé ont eu droit à la matraque et demeurent toujours en grève, les enseignants ont eu droit d’abord à de la poudre aux yeux, puis à une fiche de paie bien étalée sur les pages de la presse écrite et enfin pour couronner le tout, c’est la radiation qui est promise à ceux qui ne reprendront pas leur poste à partir de dimanche (aujourd’hui).
Le débrayage a toute les chances de se poursuivre
A en croire les dires des enseignants grévistes et de leurs syndicats (UNPEF et CNAPEST), l’on se dirige tout droit vers une année blanche.
Les intimidations et les menaces brandies par le ministre semblent attiser le feu qui plongera tout le secteur dans un chaos jamais connu auparavant. D’autres syndicats s’invitent et se solidariseraient avec leurs collègues de l’éducation. Le SNAPAP envisage une grève qui paralysera toute la fonction publique pour prêter main forte aux syndicats autonomes de l’éducation. C’est dire que les choses se corsent et se compliquent. Il est difficile de savoir de quoi sera fait demain la menace de radiation, la détermination des enseignants à poursuivre la grève, les inquiétudes des élèves et de leurs parents se mêlent et s’entremêlent pour en faire une soupe qui mettra à genou toute la corporation et qui aggravera inévitablement la régression de ce pays.
Hocine T.
