“Les esprits sont, en général, moins affamés que les estomacs, et ils supportent beaucoup plus gaillardement la pénurie. » dixit d’André Frossard. La wilaya de Tizi ouzou vit ces derniers mois au rythme d’incommensurables pénuries. Chaque jour que Dieu fait, le citoyen découvre et assiste, médusé aux incessantes crises d’approvisionnement en produits alimentaires ou d’autres biens et services. Cela s’apparente même à l’éternel recommencement si cher à Nietzsche au point de pousser le » simple » citoyen à s’y adapter, à s’imposer un rationnement et à s’habituer sans trop se poser de questions. Si qui ont l’habitude d’appeler l’ancienne génération a déjà connu les » sensations » de la faim et de la misère en période de crise, l’actuelle, donne l’impression de l’ignorer même si les jeunes sont souvent rattrapé par un vécu difficile dû essentiellement à une condition sociale intenable. Après le ciment dont la crise d’apprivoisement continue à garder le marché sous pression, les pénuries d’eau qui sont annoncées un peu partout dans les villages du sud de la wilaya de Tizi Ouzou, voila que le lait en sachet qui vient » concurrencer » ces produits sur l’échelle de la pénurie. Aussi paradoxale que cela puisse paraître, c’est en parallèle aux annonces faites par les » officiels » quant à l’abondance de ces produits que le marché est gagné par un énorme déséquilibre entre l’offre et la demande. Il n’est pas normal, si l’on prend uniquement l’alimentation en eau potable, que des villages entiers de la région sud de la wilaya souffre, incessantes perturbations en matière de distribution de cette matière vitale. Avec les colossales sommes investies pour la réhabilitation des réseaux de distribution d’AEP, les citoyens sont en le droit, légitime, de s’interroger sur l’incapacité et parfois l’incompétence de ceux qui sont chargés, au niveau local, de traduire les concepts et idées en réalité sur le terrain. A Boumhani, dans la daira de Draâ El Mizan, les citoyens font face à des coupures d’eau allant jusqu’à dix jours. Même topo à Ouadhias où le village Tassoukit a été privé d’eau durant plusieurs jours de même que quelques villages de la commune de Boudjima. C’est dire que les exemples ne manquent pas pour illustrer l’embarras dans lequel est mis le citoyen qui ne peut réagir que par la …violence à travers des actions de rue. Comme quoi, pour certains secteurs, il faut déranger pour voir sa situation s’arranger. Comme si la région du sud de la wilaya est condamnée à subir les affres du » manque » dans toutes ses facettes, la crise du lait en sachet renvoie la population à des réflexes qu’on croyait révolus, enterrés avec le communisme. C’est dans ce contexte économique qui désavantage l’élément de base du circuit économique que sont les ménages, l’Etat doit retrouver son rôle en matière de régulation, plus d’intervention pour structurer un marché pataugeant dans un énorme bazar. Sur un marché qu’on peut cerner dans un espace géographique réduit à la zone sud de la wilaya de Tizi Ouzou, la régulation comme c’est d’ailleurs le cas en sciences de l’automatisme ou en cybernétique permettra à ce système complexe et compliqué de garder un minimum d’équilibre afin de fonctionner normalement. La concrétisation d’un tel équilibre nécessitera à priori l’implication de la vraie compétence au niveau local, loin de la médiocrité qui y règne en maître absolue. Une bonne gestion des affaires et un esprit d’anticipation de la cité prémuniront, entre autres, la population de ces incessantes pénuries.
Omar Zeghni
