D’après la déclaration faite cette semaine à l’APS, par le directeur général de l’Office national des statistiques (ONS), l’opération de recensement économique prévue dans la loi de finances complémentaire 2009 aura lieu au cours de l’année 2011. Le décret 10-123 promulgué en avril 2010 fixe les conditions générales de préparation.
En juin dernier, un comité national chargé de la mise en œuvre de l’opération, présidé par le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, a été installé. Des structures subalternes sont aussi prévues au niveau des wilayas, des daïras et des communes. Des formations pour les agents recenseurs sont aussi au programme de la phase préparatoire. Le recensement économique est, estime le directeur de l’ONS, « une occasion [pour son organisme]de diffuser la culture du chiffre qui est relativement absente dans notre société. »
Cette opération qui touchera l’ensemble des secteurs hors agriculture est motivée par la nécessité de mieux connaître les données de l’économie nationale et de procéder à la modernisation des outils statistiques dans l’objectif d’asseoir une meilleure gestion des outils concourrant à l’information économique. Le réceptacle institutionnel et technique d’un tel projet sera naturellement l’Office national des statistiques.
Le directeur de l’ONS, M. Mounir Khaled Berrah, définira l’opération de recensement comme devant servir « à enquêter au sens statistique l’ensemble des entités économiques, toutes activités et tous secteurs juridiques confondus hors agriculture. C’est une opération qui va toucher l’ensemble du territoire national, et par conséquent, elle nous permettra de disposer de données statistiques à un niveau très fin. » Ce sera, comme l’expliquera M. Berrah, « un répertoire exhaustif, fiable, et actualisé. »
A maintes occasions, des personnalités politiques et des experts indépendants en économie ont exprimé des doutes, voire un refus de reconnaissance, des statistiques données par l’ONS, aussi bien celles relatives à la politique de l’emploi (évolution du chômage, création de microentreprises,…) et celles portant sur les autres agrégats économiques.
Le projet de recensement compte fonder sa stratégie sur l’interconnexion entre les différents services producteurs de chiffres, de bilans, de ratios, d’indices et d’autres formes d’informations chiffrées relatives à la production, à la consommation, aux flux et échanges commerciaux, à la création de nouvelles entreprises (données centralisées au Centre national du registre de commerce, CNRC), aux dépenses de santé via la Caisse national des assurés sociaux (CNAS), à la fiscalité par l’intermédiaire de la Direction générale des impôts et de la direction des Douanes nationales, aux investissements au travers les organes chargés de la validation des projets (ANDI) ou de leurs financements (banques, caisses de garantie, caisse nationale des investissements), aux modèles et tendances de consommation des ménages, à la démographie et au marché publicitaire.
La fiabilité des chiffres en question
Il y a lieu de rappeler que, dans un de ses rapports annuels, le Conseil national économique et social (CNES) avait pertinemment soulevé une question stratégique, celle du système national d’information économique et social. La lourdeur et la fragilité de ce système obèrent en premier lieu la qualité et la validité du travail effectué par cet organisme consultatif, censé pourtant recueillir les vraies statistiques pour lui servir de base de travail dans ses rapports et analyses qu’il produit régulièrement. Le CNES se plaint du fait qu’il « s’est toujours heurté à la faible disponibilité et à l’insuffisante fiabilité des informations relevant du champ économique et social. »
Ces matériaux de travail, matière première indispensable pour poser le véritable diagnostic de l’économie nationale et en élaborer un tableau de bord fiable et pratique, baignent dans un système « archaïque, désintégré sous-encadré faiblement performant et d’une médiocre fiabilité », selon le CNES.
Dans l’étape actuelle de l’évolution de l’économie nationale, le fait que le secteur économique privé commence à montrer son importance dans notre pays aussi bien par les investissements que par la création d’emploi commande d’orienter les efforts de la collecte des données particulièrement vers ce créneau de façon à étoffer davantage la base des données statistiques nationales.
Plus que jamais, l’outil statistique est considéré par les pouvoirs publics et les chercheurs en économie et sciences sociales comme un instrument pour la connaissance exacte de l’état général d’un pays, un moyen précieux d’anticipation et de prospective et un atout dans le processus d’aide à la décision.
Lors de la signature, en juillet 2009, des conventions d’échanges de données entre l’ONS, la CNAS, la CASNOS et les Douanes nationales au siège de l’Institut supérieur de gestion et de planification de Bordj El Kiffan (ISGP), le ministre des Finances, Karim Djoudi, dira à propos du projet de recensement économique : « Ce recensement économique, par ses enquêtes, va permettre de fournir et d’alimenter notre capacité d’analyse. Par la suite, nous allons pouvoir tracer un comportement de ces agents économiques et le comportement des ménages, du revenu,…etc. C’est un point de liaison qui va apparaître et va clarifier notre politique économique. »
Incontestablement et de par le monde, la prospective et la projection économique sont principalement basées sur la visibilité qu’offre l’état présent de l’économie dans ses différentes variantes (PIB, croissance, chômage, consommation, fiscalité dettes, balance commerciale, transferts sociaux, réserves de change, état des fonds de régulation,…), état dont la transparence et la fiabilité ne peuvent être acquis que par deux facteurs essentiels : des statistiques justes et une coordination sans faille entre les différents services producteurs des chiffres de l’économie.
« Nous sommes arrivés à une phase où les produits statistiques sont devenus un outil dans la conduite de l’amélioration de notre gouvernance », dira le ministre des Finances.
À propos des conventions signées entre les différents organismes qui sont sous sa tutelle, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Tayeb Louh, estime qu’elles « permettront une coopération effective entre les différentes administrations en vue de lutter contre toutes formes de fraude. Les caisses de la sécurité sociale pourront recevoir, en vertu de ces conventions, certaines informations en provenance de l’Office national des statistiques en vue de procéder à des études prospectives en matière de sécurité sociale. Le but étant la création d’un numéro d’immatriculation qui doit être mentionné sur tous les formulaires de ma sécurité sociale. »
En plus du besoin de connaître les réalités socioéconomiques sur la base des statistiques, la relation entre la connaissance chiffrée de l’économie et les projections de réalisation (travaux, infrastructures, production des biens et services, transactions, commerce extérieur, déficit ou excédent budgétaire,…) s’est puissamment confirmée au cours des dernières décennies à tel point que presque tous les pays du monde-abstraction faite de la nature des régimes politiques et des choix des schémas économiques qu’ils mettent en œuvre- en ont pris conscience et ont instauré les mécanisme de gestion des flux informationnels relatifs à l’économie pour en tirer le meilleur parti possible dans la planification nationale.
Que cette dernière se limite à l’échéance annuelle (loi de Finances) ou à des échéances plus longues (quatre à cinq ans), l’importance et l’enjeu de la maîtrise de l’information statistique ne sont plus à démontrer.
Dans l’objectif de mieux affiner les statistiques nationales et de gérer de façon plus efficace les agrégats de l’économie du pays, le gouvernement a lancé un processus de récolte de données depuis 2008 (recensement de la population et de l’habitat, RGPH) et a lancé les bases d’un nouveau plan comptable basé sur des normes internationales (IAS-IFRS) et mis en application à partir du 1er janvier dernier.
Tout en constituant une source majeure d’informations, le RGPH n’est qu’un maillon de la longue et complexe chaîne de l’information économique et sociale dont ont impérativement besoin les pouvoirs publics dans la gestion quotidienne de leurs départements respectifs et les autres acteurs de la société (presse, bureaux d’études, banques, université…) pour mieux affiner leurs articles, études ou autres dossiers sensibles.
Affiner le tableau de bord de l’économie
Aussi bien pour les décideurs politiques et les gestionnaires de l’économie que pour les chercheurs, les bureaux d’études et les médias, les statistiques économiques relatives à la répartition de la population par sexe, âge, zone du territoire national, ville, bourgade, zone éparse, activité exercée, revenu,…etc., sont devenus le pain quotidien qui permet d’établir des diagnostics, de faire des analyses socioéconomiques, de prendre des décisions et de réaliser des projections fondées sur des chiffres supposés être justes. Indispensable instrument de planification pour les gestionnaires du pays, le recensement de la population et de l’habitat, tel celui effectué dans notre pays l’année dernière, a pour vocation de compléter, d’affiner et, à l’occasion, de corriger les statistiques provenant des administrations (mairies, directions exécutives de wilaya) ou de simples estimations de certains organismes spécialisés.
Sur un autre plan, et dans le cadre de l’économie mondialisée, les chiffres de l’économie d’un pays ne peuvent avoir de sens que lorsqu’ils sont intégrés dans des normes et standards établis et compris à l’échelle international. C’est pourquoi, l’Algérie a lancé son processus d’intégration au Système général de diffusion des données du Fonds monétaire international (International Monetary Fund’s General Data Dissemination System-GDDS). La phase finale de ce processus a eu lieu au printemps 2009. Cette intégration « marque une étape majeure dans le développement de son système statistique », selon les termes des services du FMI. Cette imbrication au système de base de données permet désormais « la publication d’informations complètes sur l’Algérie qui seront diffusées dans le FMI Bulletin Board réservé aux pays ayant adhéré à ce dispositif de statistiques », assure le FMI. L’Algérie devient ainsi le 95e participant au GDDS du FMI. A cette occasion, le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohammed Laksaci, a considéré qu’en intégrant ce système, « l’Algérie s’est engagée à se doter d’un système statistique national conforme aux meilleures pratiques internationales » en la matière.
Amar Naït Messaoud
