Barberousse (Serkadji), le sinistre espace carcéral, a comptabilisé le 19 juin 1956, le premier guillotiné depuis le déclenchement de la Guerre de Libération nationale. Il s’agissait du Martyr Ahmed Zabana qui, en 1949, avait adhéré au MT. LD (Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques) pour se révolter dans un cadre organisé contre le colonialisme.
Bien avant 1956, un matin de février 1926, la brigade de la gendarmerie de l’ex Maillot, aiguisa sa guillotine pour exécuter un jeune homme qui s’est, à sa manière, à la manière des bandits d’honneur, rebellé contre l’ordre colonial.
Il s’appelait Zekri Idir. C’était un jeune homme vivant de l’élevage avec ses parents au village Ighzer dans le Arch (tribu) Iwakouren qui se révolta cotre l’ordre colonial en commençant par refuser de s’acquitter de la dîme exigée par l’administration coloniale. Les gardes champêtres refuseront l’accès à son cheptel dans les parcours du pâturage collectif en haute montagne. Le jeune Idir se révolta en déchirant et en jetant à la figure du Caïd un PV de 08 Douros. Affront qui lui coûtera un mandat d’arrêt. Il rentra dans la clandestinité. Depuis, il est persécuté par les caïds de la région Aarchs (Iwakuren, Imechedallan, Aghbalou et Ath mansour) qui lancèrent leurs hommes à ses trousses. Le révolté réussit à déjouer tous les pièges grâce au concours de la population qui lui vouait une grande admiration. Une aura qui le suivra depuis l’élimination d’un caïd qui voulait l’arrêter au lieudit » Thizi n’Aith Ouaivaine » située entre Tizi N’Kouilal et Tirourda, en 1925.
Quelques mois plus tard, il tua le chef de la brigade de gendarmerie de l’ex Maillot (actuelle M’chedallah) à proximité de son village natal (Ighzer Iwakuren). Idir tient la dragée haute aux forces coloniales durant 07 ans en multipliant les actions contre tout ce qui représentait l’ordre établi dont les gardes forestiers qu’il désarmait et qu’il dépouillait à chaque fois qu’il les croisait dans les bois. Les colons aussi subiront » les attaques » du jeune Idir. Leurs troupeaux en pâtissaient. Soumis à une pression continue, les parents du bandit d’honneur ‘’s’exileront’’ à Ath mansour.
Pressé par sa hiérarchie, l’administrateur décide de mettre la tête du rebelle à prix et en promettant en plus, un fusil de chasse à toute personne qui permettrait son arrestation en donnant des renseignements précis sur ses déplacements ou son refuge.
Le stratagème ne tardera pas à donner ses fruits. En effet, quelques mois plus tard, il fut dénoncé ; une dénonciation qui a permis aux forces coloniales de l’arrêter en 1925. Des membres de sa familles racontent qu’il avait catégoriquement refusé à son père d’engager un avocat » français » pour sa défense.
C’est ainsi qu’en 1926, il fut condamné à être exécuter sur la place publique par le tribunal de grande instance de Bouira, Ce héros avait refusé de faire appel contre cette sentence. Il fut décapité devant la brigade de gendarmerie de Maillot (actuel musée du moudjahid) un mardi, jour de marché hebdomadaire, en présence d’une foule nombreuse. Des témoins oculaires encore vivants racontent qu’il a été raté à trois reprises par la lame de la guillotine (couperet) rouillée. Durant tout ce temps, il ne cessait d’insulter le colonialisme et ses collaborateurs, les autorités présentes lors de l’exécution ont fait la sourde oreille à la demande de grâce que clamait la foule après le ratage de l’exécution comme le voulait la loi.
Sur le registre des décès où il a été enregistré sous le N0 60, on peut lire : » exécuté le 13 février 1926 à 06 heures du matin « , déclaration faite par le brigadier de la gendarmerie de Maillot, Erard Jean à l’adjoint administrateur indigène du douar M’chedallah.
Oulaid Soualah / B. D. B
