Le violent accrochage qui a opposé une patrouille de l’armée coloniale tombée dans une embuscade que lui a tendu un groupe de choc de l’ALN, au lieudit Thizi, est resté gravé dans la mémoire de tous les citoyens âgés du village Aggache.
Hommes et femmes de ce village martyr (rasé par les Français en 1960), un village complètement acquis à la cause nationale, se souviennent de ce jour fatidique pour cette patrouille qui faisait des rondes périodiques d’une semaine d’intervalle.
Ayant remarqué ce manège, l’aspirant Abderrahmane et le sergent si Smail, deux officiers à la tête d’un groupe de choc de l’armée de Libération nationale, composée selon plusieurs témoins, de 35 djounoud équipés d’armes automatiques et de tenues de combat ; Ces deux officiers ayant appris de la bouche des citoyens le comportement bestial et inhumain des Français qui en plus des tortures qu’ils pratiquent sur des civils sans défense, opèrent de véritables razzias en volant tout objet ayant une valeur, des exactions qu’ils font subir aux villageois chaque fois qu’ils font leurs rondes. Les deux officiers du groupe de choc décidèrent de donner une leçon aux soldats français dont ils se souviendront longtemps, afin de leur faire passer l’envie de s’attaquer à la population sans défense.
Aggache étant comme tous les villages kabyles, construit sur une haute colline qui permet de voir tout mouvement des troupes coloniales à plusieurs kilomètres à la ronde, ce qui a donné aux maquisards le temps nécessaire pour préparer leur embuscade. Après avoir choisi un endroit stratégique au lieu-dit Thizi à 500 m du village pour éviter de faire des victimes parmi les civils, donc le groupe de choc prit position et attendit l’arrivée de la patrouille que leur signalèrent les Moussebiline de ce village postés en vigiles.
Aux environs de 13h, tout confiants, les soldats français qui avançaient en file indienne sur le sentier menant vers le village et dont le nombre est estimé a 45 militaires tombèrent tête baissée dans le dispositif de l’embuscade
Des témoins oculaires racontent que le premier fauché par les balles des maquisards fut l’officier de cette patrouille, un lieutenant précisent-ils.
Privés de leur officier et pris sous un déluge de feu, les soldats français tombaient comme des quilles cloués par la peur et la surprise, ils n’ont eu ni le temps de se mettre à l’abri, ni celui d’organiser une riposte ; nos interlocuteurs se souviennent que des “Au secours” et “mama” furent les seuls cris qui montèrent du coté français auxquels répondaient « Tahya El Djazair » des Moudjahidine qui contrôlaient complètement le déroulement de l’opération, allant même jusqu’à prendre en chasse les survivants qui se sont éparpillés dans la nature et fuyaient éperdument, paniqués et hurlant de terreur. Ils ne sont pas nombreux les militaires français qui s’en sont sortis vivant. Même si l’on ignore le nombre exact de soldats français abattus, les citoyens l’estime à plus de 80% de la patrouille et même leurs armes et munitions ont été récupérées par le groupe de choc, par contre du côté des moudjahidine, l’on ne déplore aucune victime, c’est l’une des opérations les plus réussies. Les citoyens de leur côté par peur de représailles ont massivement quitté le village durant une semaine. Les militaires français qui déclenchèrent le lendemain, un vaste ratissage et furieux de n’avoir trouvé aucun civil pour venger leurs morts, déversèrent leur haine sur les maisons et détruisirent tout, ne laissant que décombres et ruines derrière eux.
Le village Aggache en raison de la présence permanente des moudjahidine qui en furent un lieu de repos et de transit idéal grâce à sa position stratégique, doublée d’une adhésion massive des habitants à la révolution fut complètement rasé en 1960, ses habitants parqués au centre de concentration de Saharidj, entourés d’une double clôture de fils de barbelé avec quatre guérites de surveillance permanente et une seule sortie contrôlée H 24, pour rentrer ou sortir, les Ath Aggache étaient soumis à la fouille et à présenter un « laisser-passer », qu’ils doivent solliciter auprès de l’officier de la SAS, un traitement spécial qui dura jusqu’à l’indépendance. Ce village qui est au fait, une bourgade soit la plus petite du Aarch Amcheddal, en compte 16 martyrs.
Oulaid Soualah
