Natif de Tizi-Ouzou, l’enfant d’Ath Irathène est issu d’une famille de footballeurs, son père a défendu les couleurs de la JSK avant l’indépendance, son oncle faisait aussi partie de la formation kabyle des années 1960 et son frère Ali qui n’est autre que l’ancien avant-centre des Kabyles. Malgré son court passage chez les Canaris, les supporters se souviennent toujours de Ahcène Merrad, le sauveur qui renverse les scores à chaque fois qu’il est incorporé. Il a bien voulu nous raconter sa carrière.
Rubrique animée par Hamid Oukaci
La Dépêche de Kabylie : Pour commencer, racontez-nous vos débuts dans le football.
Ahcène Merrad : Comme tout le monde, j’ai commencé à taper sur le ballon très jeune dans mon quartier au centre-ville, connu comme le réservoir de la JSK, puisque, avant moi déjà il y avait mon défunt frère Ali, Hannachi et Baylèche, tous issus du même quartier, ont commencé à jouer au football dans ses rues. Pour moi, je dirais que mon intégration à la JSK était un pur hasard, puisque je n’ai jamais pensé faire une carrière de footballeur, et on jouait au football entre copains pour le plaisir. Tout s’est passé très vite. Je me souviens, les dirigeants de la JSK et les anciens joueurs étaient tous invités au mariage de mon frère Ali où il m’a présenté à Moh Younsi, entraîneur des minimes à l’époque. Ce dernier m’a proposé de venir prendre part à la prospection, je me suis déplacé et j’ai fait des tests concluants, c’était à partir de là que j’ai intégré la JSK, à l’âge de 14 ans, en catégorie minime.
Faire du football dans la rue et le pratiquer dans un cadre organisé sont deux choses différentes, comment aviez-vous intégré cette discipline ?
La JSK, c’était une école de football où il y avait surtout de la discipline et du respect. Nous considérions nos entraîneurs comme nos propres pères, et ces derniers ne ménageaient aucun effort pour nous mettre dans de bonnes conditions de travail et surtout nous donnaient les conseils afin de réussir une bonne carrière en football ou dans une autre discipline. Ils nous orientaient sur notre comportement. Au début, j’étais pris par Mouh Younsi en minimes à qui je rends un vibrant hommage, parce que, quelque part, c’était grâce à lui que j’ai pu intégrer la JSK, et c’était encore lui qui m’a proposé un autre poste, car, au début, je voulais jouer comme défenseur, mais en voyant mes capacités offensives, il m’a placé comme avant-centre ; ensuite, j’ai joué deux saisons en cadets, entre 1981-1983, sous la houlette de Salah Yousfi et puis Mouh Younsi. Durant la deuxième saison, j’ai réussi à inscrire 46 buts, ce qui a incité Khalet à me donner la chance de jouer trois matchs en équipe seniors. En 1984, j’ai fait une saison avec l’ASTO, avant de revenir à la JSK en équipe espoir une année plus tard. J’étais pris par Iboud Mouloud, un bon éducateur, lequel m’a appris beaucoup de choses durant la saison 1986-1987, ensuite j’étais promu en seniors.
Quelle ambiance régnait au sein du groupe à l’époque ?
On était une vraie famille, tout simplement. Le respect était mutuel et on adhérait tous à la discipline. Aux entraînements, tout le monde était sérieux, on se donnait à fond, car on aimait les couleurs du club
A notre époque, la force de la JSK résidait dans sa gestion, il y avait la stabilité dans la direction, le staff technique et les joueurs, tout simplement, on était des vrais professionnels, ce qui a permis à la JSK de gagner plusieurs titres.
Quels sont les moments forts que vous avez passés à la JSK ?
Malgré la courte durée, seulement trois saisons avec les seniors, je garde des moments inoubliables avec la JSK, surtout durant notre participation à la Coupe arabe des clubs champions en Arabie Saoudite 1987, où j’ai fait un grand tournoi. D’ailleurs, l’entraîneur de Ahly de Djedda s’est rapproché de nos dirigeants pour leur demander mes services, mais c’était impossible, vu qu’à l’époque j’étais sous les drapeaux. L’autre bon souvenir que je grade c’était le Championnat d’Algérie que nous avions remporté à l’ultime journée après notre victoire méritée à Annaba face à l’USMA, c’était très dur, mais on a réussi à relever le défi et à décrocher les trois points qui nous manquaient pour être Champions. A l’époque, on a dit beaucoup de choses sur cette rencontre, étant témoin, je vous assure que le match s’est déroulé dans l’éthique du football et notre détermination a fait la différence, car on a décidé de gagner ce match à tout prix, et à dédier le Championnat à notre entraîneur Khalef qui venait de perdre son père une semaine auparavant.
Vous ne jouiez pas souvent, mais vous n’avez pas quitté la JSK, quelles en sont les raisons ?
Certes, à l’époque, il y avait de grands attaquants au club, mais je n’ai jamais perdu espoir, au contraire, ça m’encourageait à redoubler d’efforts et avoir une place de titulaire, j’ai tout de même beaucoup joué au cours des trois saisons que j’ai passées en seniors, bien que parfois, je rentrais au cours du match, c’était la décision de l’entraîneur, car c’était lui le maître à bord et nous les joueurs, on n’avait pas le droit de contester ses décisions. Pour revenir à votre question, je vous dirais tout simplement que toute ma famille a défendu les couleurs de la JSK à commencer par mon défunt père Mokrane qui a joué avec les Canaris avant l’indépendance, il y avait aussi mon oncle Ferhat dans les années 1960 et mon frère Ali dans les années 1970, alors je me voyais mal dans un autre club, même si plusieurs m’en avaient contacté.
Etant avant-centre, vous avez marqué beaucoup de buts, quels en sont les meilleurs ?
Je me souviens surtout du but que j’ai inscrit face au Mouloudia d’Alger ici à Tizi-Ouzou, je crois aussi que les supporters de la JSK se souviennent très bien de ce match, on avait perdu par un but à zéro et je suis rentré en cours de jeu, j’ai réussi à niveler le score et j’ai vu la grande joie des supporters, ça m’a vraiment marqué
A l’âge où les joueurs prennent de l’élan dans leur carrière, vous avez arrêté de jouer, pourquoi ?
Je dirais simplement que c’était le destin et la malchance, car dans la vie de chaque footballeur on passe par des moments difficiles et on est exposé à tout moment à des blessures qui peuvent mettre fin à votre carrière.
Moi, en réalité j’ai arrêté à l’âge de 23 ans, le jour où j’ai quitté la JSK à cause d’une méchante blessure, certes j’ai évolué après à Sidi Aïch et à Larbaâ Nath Irathéne, mais juste pour quelques matchs, car je ne pouvais plus continuer ; les médecins m’ont alors suggéré de subir une opération ou d’arrêter complètement le football, j’ai opté pour le deuxième choix.
Avec le recul, est-ce que vous êtes satisfait de votre carrière ?
Je dirais que quelque part la chance m’a tourné le dos, car comme je vous le disais tout à l’heure, j’ai été sujet à plusieurs blessures ce qui a précipité ma retraite, j’en garderai tout de même un bon souvenir. Pratiquer mon sport favori dans le haut niveau m’a permis de connaître des gens.
Durant votre carrière vous avez eu plusieurs entraîneurs, lequel vous a marqué le plus ?
Pour moi, tous les éducateurs qui m’ont pris dès mon intégration à la JSK, ont contribué à ma réussite, ils m’ont appris beaucoup de choses, à commencer par Mouh Younsi et Salah Yousfi en formation en passant par Mouloud Iboud en espoir et enfin le duo Khalef-Zyvotco, sans oublier bien sûr les anciens joueurs de la JSK qui ont évolué dans le même poste que moi, à savoir mon frère Ali, Kamel Aouis et Djamel Menad qui m’ont beaucoup aidé avec leurs conseils. Je me souviens très bien de la phrase que mon défunt frère me répétait à chaque fois : «Tu es avant-centre, tu reçois des insultes et des coups, ne t’énerve jamais, il faut répondre par des buts».
Un dernier mot pour conclure ?
Je remercie d’abord la Dépêche de Kabylie qui a pensé à nous les anciens joueurs, je profite de l’occasion pour souhaiter une bonne chance à la JSK pour cette saison et surtout un honorable parcours en Coupe d’Afrique.
H. O.
